LE DÉFICIT DE L'ATTENTION
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chez l'enfant/jeune adolescent(e)
Définition générale:
Tendance excessive à la distraction, qui se manifeste souvent de manière insidieuse,
déroutante, voire sélective et occasionnelle. Elle apparaît davantage avec les
contraintes pédagogiques et éducatives, à mesure que l'enfant grandit et avance en
âge, semble parfois de la mauvaise volonté, un manque d'intérêt et de motivation, une
certaine paresse intellectuelle, et même un faux état dépressif ou pire encore
psychotique.
Ce problème handicape sérieusement la réussite académique, le potentiel individuel, et
conduit souvent aux échecs, même au décrochage scolaire. Il favorise une attention
surtout périphérique, où les stimuli secondaires auront autant d'importance que le
stimulus central, sinon davantage, entraînant l'éparpillement des intérêts. Parfois,
il réussit à diminuer la capacité de jugement de réalité et soutient indirectement la
fabulation ou une vie onirique(rêve) ou fantasmatique excessive. D'autres fois, il se
confond tout à fait et participe aux difficultés du comportement comme au caractère
d'opposition.
Il demeure utile de considérer le déficit de l'attention à l'image de l'allergie, par
exemple. D'abord une sensibilité qui peut devenir un handicap occasionnel et ensuite une
maladie, si personne n'en connaît le mécanisme et ne se préoccupe de prévention, et de
traitement, s'il y a lieu. La notion même de tempérament ne peut être que fondamentale
et permettre de mieux situer ce qui appartient à la nature initiale de l'individu. Pour
que le déficit de l'attention soit une entité clinique, il faut qu'il se relie de près
ou de loin à l'échec réel ou éminemment appréhendé.
Traits particuliers:
1. Facilité à la rêverie dans les tâches assez monotones et fastidieuses,
de nature plus auditive que visuelle, plus abstraite que concrète, comme les
matières scolaires, les devoirs et leçons;
mais meilleure concentration dans l'activité physique, manuelle, mécanique,
informatique ou audiovisuelle, genre télé., jeux vidéo., casse-tête, blocs, sports,
etc.
2. Esprit distrait et fuyant face aux contraintes et consignes, et fréquents oublis dans
les affaires quotidiennes.
3. Vigilance plutôt attentive dans les activités sous pression et rythme accéléré:
compétition, course etc.
4. Tendance à perdre ses objets personnels et familiers: clés, crayons, livres, tuques,
mitaines, etc.
5. Maturité variable du caractère dans le sens des limites, le seuil de tolérance à la
frustration, le contrôle des impulsions, la stabilité de l'estime de soi, la capacité
de vivre et partager l'attention, le sens de l'organisation dans le temps (la
ponctualité, les horaires) et l'espace (le territoire, l'ordre).
6. Excitabilité possible dans les situations sociales. Besoin de faire des drôleries, de
distraire les autres.
7. Danger d'échec scolaire, à mesure que s'approchent les matières plus abstraites des
études secondaires, collégiales ou universitaires, le plus souvent l'étude des langues
(grammaire, orthographe) et des mathématiques complexes.
n.b.: cette description provient de l'observation clinique courante, et n'a pas la valeur d'un précis scientifique. Elle peut donc se modifier, selon l'évolution des connaissances de l'auteur. Depuis 1994, le DSM IV, la classification officielle américaine, donne un statut distinct au déficit atentionnel dans la famille de l'hyperactivité.
Prévalence:
Il y a toujours jusqu'à 4-5 garçons pour 1 fille, laissant croire qu'il existe une
explication immunogénétique et biologique autant que maturationnelle et évolutive.
Souvent un parent proche souffre du problème. Environ 3-5 % des enfants/adolescent(e)s
d'âge scolaire auraient ce problème et la moitié d'entre eux pourront souffrir de
difficultés d'apprentissage. Chez la fille, l'on retrouve plus souvent une forme pure
sans dimension comportementale comme le trouble d'opposition, rendant le diagnostic plus
difficile.
Étiologie (causes):
Il ne semble pas exister de liens particuliers avec les seuls facteurs périnataux ou
encore anténataux, pris isolément. En dehors des facteurs toxiques (alcoolisme, drogue,
tabagisme, malnutrition), de maladies métaboliques de grossesse, n'oublions pas que la
vie commence au moment de la conception, où se jouent les grandes lois de la génétique
universelle: la partie paternelle de l'embryon constitue une semi-greffe pour la mère qui
développe des anticorps de rejet. Les conditions de formation du ftus dépendraient
en grande partie de cette incompatibilité primitive et originelle, toujours relative,
mais capable de rendre vraiment complexes et imprévisibles tous les déroulements de
l'embryogenèse du cerveau, en particulier. La présence du chromosome "Y" du
garçon ajoute une particularité non négligeable. En somme, si les lois de la
génétique s'appliquent quelque part, c'est bien loin de la transmission directe du
parent à l'enfant.
Commentaires:
Il est souvent difficile de savoir, chez l'enfant/jeune adolescent(e) s'il s'agit d'un
problème de maturation neurobiologique, d'anxiété ou encore de dépression. Il y a
souvent mélange des trois éléments, avec le déficit attentionnel, jouant le rôle
discret de pierre angulaire des autres conditions. Un diagnostic différentiel s'impose
avec un(e) professionnel(le) qui s'intéresse autant à l'origine biologique que psychique
des symptômes et sait distinguer entre état situationnel, neurodeveloppemental,
névrotique ou bien survenant rarement psychotique. Le déficit attentionnel n'apparaîtra
pas couramment dans une relation à deux, le calme d'une rencontre paisible ou encore une
activité très structurée et stimulante. Rien de mieux qu'une tâche de routine, comme
s'y prêtent souvent le travail académique, les devoirs et leçons, pour l'observer dans
toute son ampleur.
Traitement:
Plus insidieux et variable que l'hyperactivité, le traitement en devient plus difficile. Le patient TDA sera également un
individu hypersensible qui peut en même temps devenir anxieux, phobique,
obsessif-compulsif ou dépressif. À force de vivre des échecs, il tend à se prémunir
par des attitudes ou comportements de compensation: retrait social, survérification ou
prudence excessive par exemple, surtout à l'âge adulte, donnant la conviction de
maniérismes. C'est bien là la raison qui nourrit la confusion sur cette condition qui
porte tous les noms, et la garde si méconnue.
La médication s'avère utile dans les périodes de travail routinier, quand l'encadrement
usuel ne suffit plus. Mais il ne faut pas oublier qu'en dehors des oublis et mésaventures
quotidiennnes, ce sont toujours les habiletés d'organisation et de prévoyance qui sont
en manque, de sorte qu'un tutorat à long terme demeure très indiqué.
Les priorités avant tout la notion de temps
Dr Claude Jolicoeur, pédopsychiatre,
Montréal, 1995-2004.
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