La Presse

 

Actualité, Samedi le 7 octobre 2000

Mauvais usage du Ritalin chez les ados

"Certains mythes perdurent ", déplore la psychiatre Margaret Weiss

MATHIEU PERREAULT

VICTORIA - Les enfants du Ritalin sont mal soignés quand ils deviennent adolescents, selon une psychiatre vancouveroise qui présentait hier ses recherches au congrès de l'Association des psychiatres du Canada. Les écoles secondaires sont mai équipées pour les aider à prendre leurs médicaments. Et les parents ont souvent peur que le Ritalin mène à des drogues Illégales.

"Même si nous savons depuis 15 ans qu'il est possible de donner des stimulants (comme le Ritalin) à des adolescents pour soigner le trouble de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), certains mythes perdurent", déplore la psychiatre Margaret Weiss, une ancienne Montréalaise qui enseigne à l'Université de Colombie-Britannique.

"Certains médecins croient encore à tort que les stimulants ont des effets paradoxaux chez les adolescents, et que le TDAH s'éteint de lui-même à l'adolescence."

Environ 90% des adolescents souffrant de TDAH ne sont pas traités.

Quant à la crainte que les stimulants soient surprescrits, le Dr Weiss la balaie du revers de la main. " 5 % des enfants de six à 18 ans souffrent de TDAH. Mais en Colombie-Britannique, seulement 0,8 % des enfants reçoivent des stimulants. Et le taux de traitement diminue à l'adolescence. " En d'autres mots, environ 90 % des adolescents souffrant de TDAH ne sont pas traités. Le Dr Weiss ne croit pas que la situation soit différente au Québec.

Le problème, c'est que les symptômes du TDAH changent à l'adolescence : l'hyperactivité est moins évidente, remplacée par l'impulsivité. Les récentes alertes au commerce illégal du Ritalin, qui prend place à côté de la mari et de la coke dans le catalogue des revendeurs, inquiètent aussi les parents. " Rien ne permet de croire que les stimulants mènent aux autres drogues, " affirme le Dr Weiss.

Bien au contraire, des études montrent que, si le TDAH est traité, le risque de toxicomanie diminue. En fait, les ados qui prennent des drogues dures arrêtent parfois pour pouvoir prendre des médicaments contre le TDAH. " Les interactions avec les drogues douces comme la marijuana risquent aussi d'être néfastes, quoique certaines études montrent qu’il n’y a pas de contre-indication.

Certains ados dont le TDAH n'est pas traité se retrouvent par contre avec de mauvaises fréquentations. "Ils ont de la difficulté à se faire des amis, parce qu'ils manquent d'habiletés sociales", dit le Dr Weiss. "Alors ils se tiennent avec des plus jeunes, ou avec des gens qui comme eux ont des problèmes."

La fidélité au traitement fluctue. Comme le TDAH empêche souvent de prendre des notes et de tenir un agenda, les oublis de pilules sont fréquents, tout comme les retards aux séances de psychothérapie. " Comme les ados se rebellent contre l'autorité, leurs parents et enseignants s'attendent à ce qu'ils s'occupent eux-mêmes de prendre leurs médicaments, ajoute le Dr Weiss. Mais souvent, ils n’en sont pas capables. "Il faut négocier finement pour aider l'adolescent et passer à des stimulants dont l'effet dure plus longtemps, six ou même huit heures au lieu de deux heures et demie, comme le Ritalin des écoles primaires".

L'adolescence étant un moment critique pour la formation de la personnalité, la plupart voudront arrêter à un moment ou l'autre, affirme le Dr Weiss. "L'adolescent veut savoir qui il est réellement, sans l'influence artificielle du médicament. Il est plus utile de considérer ce souhait comme approprié et utile, que de le combattre. L'adolescent qui veut arrêter finira par s'arranger seul. Une " vacance de médicaments ", durant l'été par exemple, permet de refaire le diagnostic. L'adolescent peut aussi voir par lui-même les effets du stimulant. "

Le diagnostic est plus compliqué à l'adolescence qu'à l'enfance, parce que le traitement vise d'abord les problèmes d'attention, plutôt que les problèmes de comportement comme à l'enfance. Et l'attention est difficile à évaluer: on peut compter les oublis, mais plus difficilement quantifier la procrastination et le manque de motivation, selon le Dr Weiss. Les observations extérieures sont souvent peu fiables, écrit la psychiatre dans un article du Canadian Journal of Psychiatry. L'évaluation d'un élève par six professeurs a souvent l’air de la description de six élèves différents. " D'un autre côté, fait valoir le Dr Weiss, une adolescente de 14 ans qui souffre de TDAH et en est à son deuxième avortement parce qu'elle oublie de prendre sa pilule anticonceptionnelle a clairement besoin d'aide.

La psychiatre vancouveroise croit néanmoins qu'il vaut mieux évaluer le potentiel scolaire et le bulletin de notes. Un élève brillant qui n'a que des notes de 70% à cause du TDAH gagne à être traité. Mais récemment, les cabinets de psychiatres ont connu une avalanche de demandes de traitements aux stimulants, de la part de parents d’enfants souffrant de TDAH, mais aussi d'une légère déficience mentale, seIon le Dr Weiss. Dans ces derniers cas, la chimiothérapie n'est peut-être pas indiquée.