L'anorexie de l'adolescence
La maladie est si mystérieuse encore que toutes les approches ont peu à dire sur les causes réelles de cette affliction qui touche davantage la fille que le garçon. Le malaise est si profond qu'en phase avancée, il n'y a plus que la coercition physique pour débuter et exercer un traitement minimal qui sauve la vie.
Il s'agit sans doute d'une manifestation, du symptôme de plusieurs entités morbides, dont la pierre angulaire repose sur le déficit neurobiologique du sens de la satiété, comme celui de la faim elle-même. Une jeune fille de 19 ans, longtemps anorexique, l'avouait ainsi: "je n'ai jamais mangé à ma faim" et "je ne sais quand il faut cesser de manger". Après une longue rémission, une rupture amoureuse réactualisait la maladie, par des obsession alimentaires et des vomissements coercitifs. Curieusement, elle venait de terminer ses études en services d'hôtellerie, pour travailler dans un restaurant chic, mais exigeant.
Personne perfectionniste, elle craignait toujours de manquer à la tâche. Car, elle n'avait aucune notion de temps et d'organisation. Elle devait faire confiance à ses pairs, ses parents, ses amis. Dans la petite enfance, elle bougeait beaucoup mais pouvait, en même temps, bien réussir dans ses études, par son excès de zèle à plaire aux intervenants adultes.
Elle aimait les situations difficiles, les relations houleuses, comme la dernière aventure avec un garçon devenu violent, ainsi que le sport extrême comme l'escalade. Elle vivait facilement dans l'extrême, le sans limite. Maintenant la triste réalité la retournait vivre chez des parents disponibles, mais bien à contrecoeur, voulant sa pleine autonomie sans savoir l'exercer.
Ce qui apparaissait évident, dans cette scène, c'était l'anorexie en comorbidité au déficit attentionnel avec légère hyperactivité infantile, chez une personne douée, peu opposante et désireuse de plaire.
La décision médicale, apparemment illogique, peut exiger de prescrire, à l'étonnement général, les neurostimulants qui auront le mauvais effet de réduire l'appétit diurne, mais qui, au contraire, amélioreront la capacité d'organisation journalière, le choix des meilleures priorités de vie, et ainsi feront passer au second plan les ruminations alimentaires. C'est ainsi que certains antidépresseurs de la classe des INRS ont prouvé une certaine efficacité, autant dopaminergiques que sérotoninergiques.
Dr Claude Jolicoeur
Mai 2006