Un Homme d'exception (Beautiful Mind), par Ron Howard, 2001
Vie du scientiste John Forbes Nash Jr
Commentaires:
Avec une autre lecture, surtout clinico-psychiatrique, l'on peut proposer d'autres perspectives que la schizophrénie, valorisée par les scripteurs et réalisateur du film.
Après avoir visionné le film et surtout regardé les "features", où se retrouve
une entrevue directe du réalisateur avec J. Nash, qui discute librement de ses
travaux, à un âge avancé, et toute lucidité, l'on peut difficilement croire à
une schizophrénie classique, qui se caractérise essentiellement par une perte
progressive et définitive des fonctions cognitives et intellectuelles. De plus,
plusieurs données biographiques, accessibles sur Internet, sont totalement
négligées dans le script du film mais donnent accès à l'hypothèse des traits
autistiques, en premier, qui n'excluent pas les épisodes psychotiques
occasionnelles.
Nash fonctionnait en vase clos, sans nécessité de
socialisation, mais facilement bouc émissaire du groupe dont il subissait
facilement l'influence. Il avait peu d'inhibition ou encore d'identité sexuelle,
passant de l'homosexualité à l'autre sexe, par choix passif.
C'est l'épisode du bistrot qui fournit le meilleur exemple de sa paralysie
émotionnelle ou "social blindness", très typique de l'autisme: les camarades
admirent une jeune fille dans un lieu de rencontre; chacun la désire et tente de
séduire. Mais "non", proteste Nash, si chacun veut la conquérir, nul n'a la
moindre chance, selon "la loi du hasard ou de la probabilité"; il faut se donner
un plan et définir celui qui pourra tenter sa chance, selon lui. Il trace alors
l'équation mathématique requise. Car pour lui, l'émotion amoureuse, la rivalité des pairs
restent en second plan, eu égard aux lois de la probabilité. La rationalité transcende le sentimental.
Cet incident ressemble à l'expérience du
Dr Oliver Sack et auteur de "An
Anthropologist on Mars" racontant, dans un épisode, sa rencontre avec
Temple Grandin, syndrome d'Asperger notoire, qui a écrit plusieurs articles et livres,
sur sa condition et connaissances des animaux.
Un jour, las du voyage, dans une journée torride du sud américain, Sack et
Grandin s'arrètent sur le bord d'une route, longeant une grande étendue d'eau.
Le neurologiste s'empresse vers la baignade, quand Grandin s'interpose et lui
signale des remous, près d'un barrage d'une central électrique proche. Sack la
remerciera toujours de lui avoir sauvé la vie, lui qui dans le plaisir du
moment, ne pensait qu'à la fraîcheur de l'eau pendant que Temple, cérébrale,
analysait la situation.
Crowe trades brawn for brains in ''Beautiful Mind''
By MAL VINCENT, The
Virginian-Pilot
© December 21, 2001
http://www.hamptonroads.com/movies/en1221movies.html
"John Forbes Nash Jr., the film's subject, has been a figure of fascination
in the world of ideas for more than 50 years. He won the Nobel Prize in 1994 for
his revolutionary formula that changed the nature of economic trading. Before
that, he went through decades of delusions and, perhaps, madness. Diagnosed as a
paranoid schizophrenic, the West Virginia native was the subject of a biography
by Sylvia Nasar, which became the ``partial basis'' for the film."
Interview:
Q- Nash is now 73. Did you meet him?
A- Crowe: "He came to the location when we were filming in Princeton, unannounced.
Every second I was with him, I used. Most of what he says is contradictory. He
said things that we knew, from other research, weren't true, so I studied mainly
little things like body gesture. I don't even pretend to get at the workings of
his mind. That would be an oversimplification. I'm playing 35 years of pain and
torment in his life.''
Références:
1- Autisme, C. Jolicoeur
2- An
Anthropologist on Mars (1995)
Paperback, Vintage Books--$13, ISBN 0-679-75697-3
Seven paradoxical tales of patients adapting to neurological conditions
including autism, Asperger’s syndrome, amnesia, epileptic reminiscence,
Tourette’s syndrome, acquired colorblindness, and the restoration of vision
after congenital blindness
Dr Claude Jolicoeur
septembre 2004
Références: http://insideadream.free.fr/cinema/un_homme_exception_photos.html
Citation du site web:
"Cérémonie des stylos. John Nash, titulaire d'une bourse renommée, se retrouve à Princeton pour effectuer son doctorat. Délaissant les cours et ses condisciples, il recherche "l'idée originale". Au pied du mur, il finit par élaborer une théorie qui bouleverse près de 150 ans de mathématiques. On lui propose alors un poste élevé au MIT. Là, il succombe au charme d'une de ses élèves, qui deviendra sa femme, Alicia. Mais très rapidement tout bascule, car le mathématicien se trouve être profondément schizophrène. Dès lors commence une route difficile pour le couple, entre rechutes, traitements en hôpitaux psychiatriques et amitiés. Un chemin qui sera couronné par un prix Nobel d'économie.
Déséquilibré. Disons le tout de
suite, Ron Howard, anciennement star de Happy Days et passionné de mise
en scène n'est pas un grand réalisateur. En ce sens qu'il signe des films de
studios, efficaces, mais rarement marquants. Que l'on ne se méprenne pas,
Willow ou Ed TV sont des longs métrages sympathiques et de vrais
divertissements. Mais pour ces "réussites", combien de réalisations plus
lourdes, où mouvements de caméra et musiques outrancières viennent nous rappeler
et souligner les scènes "clés". Malheureusement, Un Homme D'Exception
fait partie de la seconde catégorie. Pourtant le cinéaste parvient à faire
illusion pendant toute sa première partie, maîtrisée, fluide, un poil potache.
Ainsi la scène du verre est visuellement convaincante, de même que l'explication
de l'approche de la jeune femme blonde en tenant compte de la dynamique de
groupe. Il s'agit alors d'une véritable quête d'un scientifique et de son
cheminement mental. Sans véritablement être réussis, ces moments sont plaisants.
Les déclarations d'amour entre John et Alicia se maintiennent juste au-dessus la
bluette. Néanmoins, on distingue déjà des travers qui vont aller crescendo : une
interprétation chaotique et des personnages peu ou pas esquissés (à l'exception
de seconds rôles comme Ed Harris, Paul Bellamy ou Adam Goldberg), des mouvements
de caméra complaisants, des effets spéciaux trop marqués (les étoiles enlèvent
toute la poésie de la scène romantique, la manière dont les codes sont
brisés...) enfin une musique omniprésente de James "Titanic" Horner nous
rappelant que nous sommes en pleine tension dramatique au cas où on ne l'aurait
pas remarqué. Mais avec le diagnostic de schizophrénie et l'internement de Nash,
tout dérape. Comme si l'on ne pouvait traiter le cas d'un grand scientifique,
des mathématiques ou de la folie sans la surenchère et l'enfoncement de toute
une planche à clous. Une fois que le spectateur a compris que trois personnages
étaient issus de l'esprit de Nash, pourquoi en rajouter à ce point (les
séquences de la cabane au fond du jardin), pas que la fillette ne soit pas
charmante, bien au contraire, mais à force de vouloir incarner la maladie de cet
homme, elle perd justement toute sa force puisque l'on finit par l'assimiler à
des entités extérieures à son psychisme. C'est aussi pour cela que le début est
intelligemment tourné puisque nous voyons la réalité par le prisme des troubles
du mathématicien. Dans ce genre d'histoires (comme le laid Fight Club) il
faut savoir vite terminer une fois la supercherie découverte, au risque que le
spectateur ne s'ennuie ferme. Une erreur pour Ron Howard qui fait fi de la leçon
de son personnage sur la viabilité d'un ensemble.
Pourtant sur le papier... Au
niveau du scénario rien ne nous sera épargné. Le mathématicien peu doué dans les
rapports humains, trouvant la femme qui fera l'effort de séduction et passera
outre ses inhibitions, la franche amitié qui résistera à la compétition, le
happy end où l'on insiste sur l'amour et sa prépondérance sur la science. Nash
n'a pas pu combattre sa schizophrénie par une approche rationnelle mais bien en
s'ouvrant à ses élèves et à sa femme (par contre sa relation avec son fils n'est
pas traitée). Dommage qu'à partir d'une histoire aussi intéressante on en
soit arrivé là. Car les désordres de cet homme, habitué à briser les plus
alambiqués des codes et finissant par en rechercher partout même dans les plus
simples périodiques, pouvaient être véritablement prenants et fédérateurs. De
même le prix à payer pour une découverte de ce calibre, pour atteindre un niveau
d'abstraction que d'autres ne peuvent ou ne veulent approcher était une forte
idée directrice, inexploitée. Déception donc devant cette production larmoyante
et l'interprétation d'un Russel Crowe oubliant la finesse de ses précédentes
prestations (Révélations). Reconnaissons une qualité à la seconde partie
du film, qui malgré sa redondance a la mérite de présenter une longue
rédemption, là où à l'accoutumée le héros se rend compte de sa schizophrénie et
en guéri presque aussitôt. La manière dont Nash appréhende sa pathologie est
d'ailleurs très scientifique, pragmatique : la petite fille n'a pas grandi. De
rares instants de sobriété (avec les scènes Nash/Charles et quelques dialogues
savoureux), dans une biographie apathique que l'on aurait souhaitée moins
caricaturale, moins déséquilibrée et surtout plus digeste."
F. Flament, 7 Mars 2002, fin
de citation