Commentaires
Introduction:
Ce n’est vraiment que depuis quelques années que l’on s’entende pour donner une existence distincte à ce problème. Longtemps il se confondait avec l’hyperactivité dont il fait souvent partie intégrante. Mais ici, c’est l’imagination davantage que le corps qui s’agite, s’excite. L’enfant n’écoute pas les consignes parce qu’il pense à autre chose. À l’école, le prof le surprend à rêvasser, à oublier de faire ses travaux, davantage qu’à déranger ses voisins. C’est l’enfant qui se fera oublier plus que remarquer sauf que sa réussite académique pose problème. L’on dirait parfois qu’il est malheureux du fait qu’il se réfugie dans son monde, alors qu’il s’y plaît aux rêveries de son choix. Cet enfant aura souvent beaucoup d’imagination dans les compositions, la création de fictions, voire même de certaines fabulations. Son peu d’inhibitions à ce niveau l’avantage nettement; les impulsions primaires lui étant familières et à fleur de peau.
Historique:
De nos jours, l’on croit même que l’adulte peut conserver un certain degré de son déficit de l’attention de l’enfance. Pour ceux qui oublient facilement le détail, arrivent en retard aux réunions, manque d’ordre dans leurs affaires, la question se pose. Parfois, le problème se présente avec acuité. Une dame perdait le fil de sa pensée, dans une conversation, si elle avait le malheur de fermer les yeux une seconde; une autre perdait son chemin si un détour lui demandait de dévier sa route; un jeune homme ne pouvait passer de son texte au clavier et au moniteur de son ordinateur; une dame qui prenait une multitude de notes lors de ses cours de cuisine posait constamment des questions hors propos, le sujet depuis longtemps terminé. Souvent ces gens arrivent à compenser leurs difficultés de l’attention en se faisant d’énormes agendas auxquels du levée au coucher du jour, ils doivent se référer.
Appellation douteuse:
Ce qui mélange le plus l’observateur, c’est la mauvaise appellation du problème. Car il s’agit moins d’un manque constant de l’attention que d’une inconstance de l’attention. Le déficit se manifeste surtout dans les tâches de routine que les situations d’activité intense. Tout défi remet l’attention en marche, tout comme la plupart des activités ludiques à caractère visuel en particulier les jeux vidéo, informatiques où souvent la vitesse et la complexité des scènes captent l’attention. Il s’agit donc rarement d’une difficulté dans tous les plans de vie, mais généralement plus évidente dans les tâches d’école, les devoirs et leçons qui n’ont rien de fascinant. Surtout que l’esprit exige son plaisir dans l’immédiat, peu capable d’attente et d’anticipation.
Premières manifestations:
Dès qu’un enfant prend des retards importants dans ses apprentissages scolaires, commet de nombreuses fautes d’inattention, risque de reprendre son année, il vaut mieux consulter un(e) professionnel(le) qui s’y connaît dans la matière. Car il y a peu d’intérêt à faire doubler et parfois tripler un enfant pour un manque d’attention qu’il ne peut absolument pas corriger sans l’aide d’une compréhension adéquate et parfois d’une médication. Le diagnostic différentiel n’est pas toujours évident à cause de la pseudocomposante dépressive, qui reflète davantage un mauvais estime de soi. Car ce même enfant aura des attentes tout aussi irréalistes que les adultes, sinon davantage puisqu’il fonctionne surtout en pensée magique. Son échec lui paraît d’autant plus tragique, qu’il ne l’avait pas anticipé. Car il vit au jour le jour, au gré de ses désirs et besoins, dans le seul temps présent.
Éducation:
Qui peut croire que les fonctions du temps, de l’espace en plusieurs dimensions comme le passé, le présent, le futur ou les perspectives de profondeur, largueur, hauteur appartiennent en grande partie au degré de réflexion de la personne. Avec le déficit de l’attention, l’individu ne vit qu’une seule dimension à la fois comme le seul présent, la seule profondeur. L’enfant se frappe dans le cadre de porte ne percevant que sa profondeur ou ne prévient pas l’échec du lendemain, ne se souciant que du plaisir du moment.
La pédagogie éducative doit offrir un alter-ego, dans les domaines où la maturité cognitive ne suffit pas. Ce qui pourrait s’appeler surprotection dans une autre situation se nommera ici protection et soutien nécessaire aux apprentissages courants de la vie. L’autonomie n’est une vertu en soi si elle conduit à l’échec. Et elle ne s’apprend pas de force sans une capacité réelle et partiellement innée de gérer sa vie. Une dame de 62 ans se plaignait d’avoir, toute sa vie, dû compter sur son mari pour faire face aux obligations quotidiennes, se sachant intelligente et souvent plus compétente que ce même mari dans plusieurs domaines. Incapable de bien planifier, elle devait confier cette tâche à un autre ; ce qui n’était que sagesse de sa part mais aussi frustration jusqu’à ce qu’elle comprenne mieux sa raison d’agir ainsi. Plusieurs artistes ne savent pas gérer leurs talents et leur fortune mais peuvent de nos jours déléguer cette tâche à un gérant bien aguerri.
Traitement:
Tous les moyens qui structurent les activités dans le temps et l’espace pluridimensionnel serviront à mieux fonctionner. Qu’il s’agisse d’agendas, de grilles ce comportement, de conseillers spéciaux, de médication même au besoin, cela peut faire la différence entre échecs perpétuels et vie satisfaisante. Il est surtout important de ne pas s’enfermer dans le négativisme et la moralisation. Non plus que la confrontation, la défiance, l’humiliation. Déjà que l’estime de soi n’est pas à son meilleur.
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Dr Claude Jolicoeur, pédopsychiatre, août 97.