Commentaires
sur l’hyperactivité de l’enfance à l’adulte

Introduction:
Comment parler de l’hyperactivité, sans soulever une multitude de questions et aussi une certaine angoisse sur l’avenir de votre enfant ? Actuellement l’on considère qu’il y a environ 5% de la population infantile qui présente ce type de difficultés, mais la fréquence varie beaucoup selon la définition que l’on en fait. Certains croient qu’il ne faut pas poser d’étiquettes sur les enfants, par peur de favoriser le préjugé ou l’alibi de l’adulte. Par contre une trop grande banalisation engendre d’autres problèmes qui auraient pu s’éviter, sachant mieux le prévenir.
Il ne sera jamais inutile de savoir ou se rappeler que le tempérament propre de l’individu prend son origine dans le type d’organisation de son cerveau, dont les principales bases se forment au moment de la formation du fœtus, sous la commande de sa nouvelle mixité génétique, à la fois maternelle et paternelle et de la multitude d’interactions nouvelles que cette mixité engendre. L’individu n’est pas seulement la somme des gènes de la mère et du père mais surtout le fruit d’une savante combinaison interactive où le hasard peut y avoir sa part. Puisqu’il existe une instabilité génétique dans les processus même de genèse de l’être humain. Donc l’être unique, s’il est. Ensuite vient l’influence du milieu, qui canalise au mieux le potentiel et limite l’importance de fragilités ou faiblesses.

Le tempérament propre:
Le tempérament est fonction du type d’organisation des cellules nerveuses, de leur capacité d’action et d’inhibition. Les rythmes biologiques fonctionnent en pairs, comme sommeil/éveil, faim/satiété, action/repos. Quand la fonction d’inhibition ne fait pas son travail, l’on se retrouve en déséquilibre. Le cerveau peut généralement se donner des priorités et favoriser l’exécution d’une ou deux tâches à la fois. Dans l’hyperactivité, toutes les pensées se bousculent sans mise en séquence dans le temps et l’espace et passent directement dans l’action intempestive. Il y a déficit de l’attention par agitation motrice et décharge spontanée de l’impulsion au moment de la frustration, de la rencontre d’un interdit. Il y aura un manque du sens naturel des limites, si l’individu n’améliore pas son contrôle.

Historique:
Un grand nombre d’individus doivent leur célébrité à l’hyperactivité. Il paraît certain que de nombreux explorateurs ou aventuriers le sont. Comment expliquer les conquêtes d’Alexandre le Grand qui parti de sa Macédoine natale se rend jusqu’aux frontières de l’Inde, sans autres motifs que le plaisir d’expansion du territoire et du pouvoir. Et les conquêtes intempestives de Napoléon. Ces gens ne tiennent pas en place. Ils doivent affronter constamment de nouveaux défis et dangers. S’ils ont, grâce à leur maturité cognitive, acquis la capacité de s’organiser ou de bien s’entourer, ils seront riches, célèbres, géniaux. Ou s’ils se trompent, décrocheurs, antisociaux, anarchistes. En général, ils ne s’organisent qu’en situation de vives tensions et d’urgence. Notons qu’avec l’âge, l’activisme devient souvent plus mental que physique, plus cérébral que corporel. Il faut dire que l’hyperactivité se fait rarement constante ou globale mais surtout situationnelle, variant en fonction du type de stimuli, de circonstances. Elle se manifeste davantage devant la famille, le groupe où le besoin d’attention et de rivalité stimule les instincts d’affirmation.

Éducation:
Dans l’enfance, il faudra créer des structures qui résistent aux coups et provocations. Il faudra des adultes fermes mais aussi tolérants. Il faudra enseigner les conséquences de chaque action. Dans l’hyperactivité, il y a un manque d’inhibition de l’action comme il y aura une surstimulation des idées dans le déficit de l’attention. Le degré d’impulsivité, l’irréflexion et le caractère souvent opposant rendront la vie difficile autant à l’entourage qu’à l’individu lui-même, qui n’arrive pas à s’organiser dans le temps et l’espace. Il n’anticipe pas l’événement mais le rencontre à mesure qu’il se produit. Il l’affronte davantage qu’il ne le contrôle. Il doit se mettre au défi de le vaincre, et peut souvent réussir tant ses facultés fonctionnent au mieux en situation d’urgence. Non sans dépenser une grande quantité d’énergie, quand il ne se retrouve pas en pleine crise d’angoisse ou de panique. Car l’échec l’affecte au plus haut point, ne l’ayant pas prévenu. Il avait aussi cru que l’espace avait la grandeur de son désir, mais le voici confiné à l’étroitesse de son corps, de son territoire, de ses talents propres. L’ami(e), le parent ne consentent plus à tout lui donner sans équivalence de retour. Il doit marchander, séduire et payer le prix de ses demandes. La déception se fera amère parfois et pourra fragiliser son estime de soi.
Cette personne, il faut l’aider à faire des choix, à se fixer des priorités raisonnables en évitant de faire la morale, qui ravive sans cesse les échecs du passé. Il vaudrait mieux regarder l’avenir comme un premier jour, le début d’une nouvelle vie. Faisons quelque chose ensemble, pour que demain ce projet puisse réussir. Planifions ensemble cette action difficile. Regardons tous les détails. Fixons des délais dans le temps et des lieux précis d’espace propre à l’action projetée. Allons encore chercher quelque conseiller pour approfondir la réflexion. Car le regard de l’étranger favorise l’objectivité. Mais le caractère opposant ne permet pas toujours une collaboration sans heurts. C’est là tout le défi et les pièges de la situation.
Dans les techniques intéressantes, il devient très utile d’utiliser des grilles de comportement à renforcement positif (récompenses des réussites et efforts) plutôt que les reproches et punitions, en dehors des grands écarts de conduite. De même que les agendas, les contrats individuels. Tout ce qui structure l’activité, le temps et l’espace de façon concrète, visuelle. Tout recourt à la médication pourra se faire en regard des résultats plus ou moins satisfaisants des approches pédagogiques.

Lectures recommandées:

 Dr E. M. Hallowell et J. J. Ratey: " Driven to Distraction ", 1994, édition Touchtone.

Traduction française de textes transmis, par les auteurs, sur l’Internet pour diffusion publique :
- Comment Vivre son Déficit d’Attention.
- Les 50 Trucs pour la Gestion Académique de l’école.
- Suggestions sur les Critères Diagnostic du Déficit d’Attention de l’Adulte.
- Les 50 Trucs de Gestion du Déficit d’Attention de l’adulte.

 

 

 Dr Claude Jolicoeur, août 97. Accueil: Principale, Liste de Sujets