Le monde de l'adulte
Les manifestations du TDA/H adulte sont multiples et varient en fonction du
tempérament primaire de chaque individu, de l'introverti à l'extraverti. Le
diagnostic sera donc basé sur des indices cliniques, une histoire personnelle,
bien davantage que des tests objectifs servant d'outils d'enrichissement et
d'orientation, non pas de confirmation absolue.
Dans le profil général, l'on retrouve constamment une tendance à l'éparpillement
des intérêts en dehors des situations d'urgence et une notion temporelle axée
surtout sur l'instant présent. Bien qu'avec le vieillissement, la sagesse de
l'âge, la notion de prudence s'installe et s'impose, faisant de l'aide
auxiliaire une nécessité.
Le déficit de l’attention devrait se dire autrement, davantage " une
variabilité de l’attention, en fonction de la motivation immédiate ". Ensuite,
en raison du tempérament propre de la personne, pourront apparaître d’autres
différences telles l’agitation motrice, l’opposition, l’impulsivité, voir même
l’anxiété et la dépression.
Cette condition doit se distinguer de la rêverie, de la distractabilité ou du
lunatisme. Il s’agit d’un fonctionnement mental qui n’arrive pas à focaliser sur
un seul point à la fois en situation de routine, hors l'urgence, et se laisse
envahir par les stimuli secondaires, non-sollicités, par l’individu. Un
processus actif, envahissant, et nullement passif comme il semble en apparence.
Il entraîne une nette tendance à l’éparpillement, et l’incapacité d’accomplir et
terminer la tâche assigné. Il s’accompagne alors d’un forte propension à
l’improvisation, en fonction du principe du plaisir, dans un présent infini,
sans conscience temporelle du passé ou du futur. Ainsi l’anticipation et
l’introspection font défaut sur le champ, mais surviennent en après-coup, sous
le poids des conséquences négatives.
La frustration sera d’autant plus grande, et la colère explosive que la
limite de réalité apparait dans l’inattendu, la surprise totale comme toujours
une première fois, sans préavis.
Dr Claude Jolicoeur
Beaucoup d'intérêt
Objet : TDA/H
Dr. Jolicoeur
J'ai lu avec beaucoup d'intérêt vos articles sur le site WEB consacrés au
trouble du déficit attentionnel (TDA/H). Je suis un homme de quarante-huit ans, ingénieur
de profession, et en lisant vos articles, je n'ai pu que constater la
ressemblance frappante entre les traits typiques que vous décrivez dans vos
articles et ce que j'ai vécu depuis ma tendre enfance, ce contre quoi je me bats
depuis toutes ces années. Plusieurs fois au cours de ces années, j'ai cherché de
l'aide, mais sans grand succès. Ni moi ni les quelques professionnels que j'ai
consulté n'avons semblé mettre le doigt sur ce qui ne va pas. Et bien sûr,
personne ne m'a parlé de TDA jusqu'à ce que je tombe là-dessus presque par hasard.
C'est un entrefilet dans les nouvelles à la télé qui m'a mis la puce à
l'oreille. J'aimerais savoir si vous pourriez faire une évaluation de mon cas,
combien ça coûte, et si vous ne le pouvez pas personnellement, me recommander un
professionnel compétent en la matière, de préférence sur la rive sud de
Montréal?
J'attends votre réponse avec impatience
Robert,
février 2001
Celui qui s'endort
Monsieur
Depuis longtemps déjà, j'éprouve des
problèmes avec mon attention ou ma concentration.
Entres autres je n'arrive souvent pas à comprendre quelque chose à faire du
premier coup, par exemple réaliser différentes étapes d'un travail à exécuter.
Je suis incapable de fonctionner tant que la dernière minute n'est pas arrivée.
De plus, lorsque j'essaie de me focuser sur ce que je dois faire, j'ai un manque
total d'intérêt, j'essaie de me distraire en faisant d'autres choses qui n'ont
rien à voir avec le travail que j'ai à faire ou sinon je m'endors la dessus. Je
dois aussi mentionner que j'entreprends souvent des choses sans jamais les
compléter. Comme paradoxe, j'ai une très bonne mémoire pour me rappeler de
faits, d'événements et de sujets qui m'intéressent.
Il est vrai que je performe mieux lors des situations d'urgences mais souvent il
est trop tard parce que je n'ai pas assez de temps pour exécuter toute la charge
de travail que je dois effectuer, mes idées se bousculent en même temps et je
deviens plus agité. Je vois que le ritalin est souvent mentionné dans votre site
cependant plusieurs personnes prétendent que l'on peut devenir très dépendant à
ce médicament lorsque l'on est adulte.
Mes deux questions sont:
-Est-ce que d'après vous je suis atteint d'un déficit de l'attention?
-Existe t-il un produit autre que le ritalin pour régler ce problème?
Merci, oût 2001
Désorganisation
Objet : Je viens de lire votre texte sur Internet...
Docteur
Suite à des recherches effectuées avec Copernic, recherches entreprises après
avoir vu un reportage sur la chose ce soir à TVA. Je ne pensais pas que ça
pouvait se poursuivre après l'adolescence, je croyais que ça se résorbait avec
l'âge adulte. Ecoutez: Tout ça, ce que vous décrivez, c'est moi.
Désorganisation, idées qui fusent, sentiment d'urgence et performance et pouvoir
de concentration seulement dans des situations extrêmes : problèmes d'attention,
anxiété etc....Mais vous devez vous demander pourquoi je vous écris : C'est que
je n'ai pas de médecin de famille, que j'oublie toujours de prendre rendez-vous
avec un médecin ou je les remets toujours à plus tard, aussi parce que je ne
prends pas le temps de prendre soin de ma personne. Mais voilà, je n'ai pas bien
compris ce qu'on peut faire pour régler ce problème: Médication ou discipline
de vie ? Moi je ne peux pas me discipliner, il n'y À rien à faire : Je suis
toujours aussi brouillon...Donc, par quoi commencer ? Où devrais-je aller, et à qui dois-je parler ? Surtout que je ne parle jamais de
mes affaires à personne...Je n'ai pas l'habitude de déranger Le monde avec mes
problèmes. En tout cas. J'apprécierais bien si vous pouviez m'aiguiller vers un
hôpital, ou un médecin ou je sais pas quoi, mais là il faut bien que je fasse
quelque chose.
Merci à l'avance.
Benoît, janvier 2001
Fatigué de lutter
Objet : psychiatre compétent?
Bonjour monsieur Jolicoeur
Je suis étudiant d'université, à vingt-neuf ans. Ces derniers mois ont été
particulièrement prompts à me repousser dans mes derniers retranchements
(psychologiques?). Je suis donc naturellement tombé dans une phase
d'introspection à la fois consciente et inconsciente. (Cependant, ce n'est pas
la première fois.) Je suis fatigué de lutter contre moi, ou plutôt contre ce mur
que je ressens quand je dois faire quelque chose qui demande une certaine
concentration, fatigué d'être le perpétuel dernier à remettre son travail,
fatigué de la procrastination, fatigué de reprendre confiance en moi après tous
ces déboires.
Je sais qu'il y a quelque chose qui ne va pas, mais quoi? J'ai donc entendu
parler de l'hyperactivité d'abord par le biais d'une amie qui fait son postdoc
en neuropsychologie puis par d'autres amis qui eux sont "hyperactifs" et
finalement dans un reportage télévisé. Quand j'étais enfant, le pédiatre qui
s'occupait de moi avait dit à ma mère en détresse que j'étais hyperactif.
Mais il semblerait qu'en France il ne s'agisse que d'une façon de décrire en
enfant qui est agité, turbulent et un peu cancre. Je me suis d'abord documenté
sur le net (votre site entre autres) où, stupéfié, je n'ai trouvé que des textes
me décrivant parfaitement, puis après quelques semaines de grande réflexion j'ai
décidé de consulter un médecin. Je ne savais pas que l'on pouvait m'aider!
Le problème est que le psychiatre que je devrais rencontrer à la clinique
universitaire n'est libre que dans 2 mois, que d'après le médecin que j'ai
consulté, je suis VICTIME d'une MODE (le RITALIN que je ne connaissais pas
avant le mois dernier) et surtout que je n'arrive plus à faire face aux exigences
scolaires auxquelles je suis confronté. Le simple fait d'avoir lu les différents
textes sur l'hyperactivité et le trouble déficitaire de l'attention m'a permis
de mieux comprendre la source de mes problèmes et aussi de me déculpabiliser un
peu.
Monsieur JOLICOEUR, je vous demande donc, si vous le pouvez, de me conseiller un
médecin psychiatre compétent en la matière et pour le mieux, efficace. (je sais,
je suis impatient).
Par avance merci,
Veuillez croire, Monsieur Jolicoeur, en l'assurance de ma considération
distinguée.
David,
2002
J’ai le goût d’être quelqu’un
" Quand j’étais petite, j’étais lunatique et l'on me disait que j’étais
paresseuse. Si ça ne m’intéresse pas, je ne retiens rien. Je suis oublieuse,
comme encore avec les clés de l’auto. Je dois souvent vérifier. Je fonctionne
depuis des années avec des listes. Si je ne n’écris pas, je ne me souviens pas.
Mais j’essaye toujours d’être parfaite. J’ai donc développé des manies.
Pendant des années, j'ai été pigiste en télé, cinéma, car je fonctionne assez
bien en urgence.
Dans la routine, je m’ennuie. Je n’arrive pas à faire des choses que je n’aime
pas comme le ménage. Je travaille, depuis l'an passé, au secrétariat d'un
pensionnat : au début j’aimais, c'était nouveau: il fallait tout organiser,
mais, cette année, j’oublie souvent, je fais des erreurs. Je manque d'intérêt.
J’ai le sentiment de pas être comme les autres. Je rumine mes pensées tout le
temps du matin au soir. Je vois toutes les chances que j'ai manqué dans la vie.
Je cherchais ce que j’avais. Je n’entreprenais plus rien de peur de frapper un
mur. Au fil des années, je ne trouvais plus rien qui me fasse " performer ". Je
changeais souvent d’objectifs. Je passais souvent à côté, dans le vide. Ces
quatre dernières années, je me suis promenée d’une place à l’autre. Une fois que
j’ai bâti quelque chose, je n’ai plus d’intérêts. Je me fatigue rapidement de
mes emplois. J'aimerai vivre comme la plupart des gens.
À la suite de la lecture de vos documents sur le web, je me suis reconnue et je
veux en savoir plus. Si je suis une de ces adultes qui subit le TDA, je veux
apprendre comment vivre avec lui".
6 mois plus tard:
Avec prise régulière de médication :
ritalin 20 mg sr, matin et 10 mg (régulier) pm
Aujourd'hui plus organisée et inscrite en cours de bureautique depuis quelques
mois:
Encore
"Je panique facilement, surtout avant un examen.
J'ai peur de ne pas faire les liens.
Je ne peux pas apprendre par cœur comme les autres.
J'ai l'impression de ne pas y arriver.
Mais finalement je retrouve tout dans mes petits casiers du cerveau.
J'ai besoin de trop posséder la matière.
J'en ai jamais assez même avec 100%.
J'ai besoin de tout savoir.
J'écris avant l'examen: je passe à 70%, je passe à 70%,…..", pour me fixer une
limite raisonnable.
Mais aussi:
"Je rumine moins, comme me dire que j'en ai pas fait assez aujourd'hui.
Je suis moins insatiable.
Je suis plus consciente des conséquences futures.
Avant je n'imaginais pas le future.
Maintenant c'est une étape à la fois.
Je parle plus de mes choses personnelles.
J'ai encore la bougeotte, mais je fais une chose à la fois.
Je me sens moins coupable de n'avoir pas pu être couturière comme ma mère, ou
écrivaine, cinéaste.
Je classe davantage certaines activités dans les passe-temps.
Je mets maintenant des limites, comme repousser un travail au lendemain.
Avec la médication, j'ai le goût d'être quelqu'un".
Une dame de 44 ans,
novembre 2000
J'aimerais savoir
Objet : TDA adulte
Bonjour Docteur Jolicoeur
Je viens de consulter, avec stupéfaction, votre site sur le TDA chez l'adulte.
J'en ai pris connaissance suivant un court reportage sur le sujet aux nouvelles
de ce midi.
Je consulte actuellement mon médecin pour un arrêt de travail dû à
l'épuisement, anxiété... et mon psychologue, pour la même raison, incluant un
suivi pour une dépression reliée à la perte de mon emploi, il y a 3 ans (et ce
malgré que j'aie trouvé un meilleur emploi depuis).
J'ai imprimé certains de vos documents et je les ai remis à mon psychologue
lors de ma visite de ce midi. Il a d'abord avoué son ignorance sur le sujet
(adulte). Puis, après lecture, il me confirme qu'il semble que je possède presque
tous les critères de diagnostic du TDA chez l'adulte. Il parle de ce dossier
avec mon médecin cet après-midi et m'en redonne des nouvelles à mon rendez-vous
de mercredi prochain.
J'aimerais savoir:
a) si le formulaire de pré-évaluation contenu dans votre site a été conçu pour
être compléter par ordinateur et retourner à votre attention via courriel?
b) J'aimerais savoir si vous pouvez me référer une ressource dans la région;
mon psychologue m'avoue ne pas être la personne ressource pour intervenir
advenant que le diagnostic se confirme.
Merci à l'avance,
Marc, un TDA épuisé qui veut guérir,
janvier 2002
Je crie au secours
Bonjour monsieur
Voici mon histoire.
Depuis que je connais ma femme, j'ai eu des hauts et des bas comme dans toutes
les vies de couple.
Nous avons eu un enfant et elle s'en occupait à la maison. Depuis janvier, c'est
la garderie pour le petit et le retour sur le marché du travail et également sur
le banc d'école pour ma femme avec tous les stress que de tels initiatives
comportent.
Mais voilà que les bas de la vie se sont accentués de façon drastique avec des
scénarios toujours semblables. Au point où j'ai commencé à m'informer à gauche
et à droite sur les désordres d'ordre psychologique.
Elle me faisait toujours part de certaines difficultés d'attention soutenue lors
de son retour à l'école. Alors, j'ai acheté tout dernièrement un livre sur
"Comment améliorer votre attention". En le feuilletant, j'ai lu sur le déficit
d'attention, ce qui m'a incité à fouiller davantage et... à me rendre à
l'évidence.
Les suggestions de critères du Dr Halowell (document de votre site web) ne
peuvent mieux coller à la situation. S'il fallait mettre un pointage sur les 20
critères, seul le vingtième (antécédant familial) aurait un bas pointage quoique
son père me laisse dans le doute.
Et là, je crie au secours ! Cette semaine a été la pire de toutes: les
symptômes dans tous ces états. Faire des oublis importants et changez de sujets
20 fois dans une conversation en l'espace d'une minute, je peux vivre avec cela.
Mais le manque de communication, l'irritabilité, les sautes d'humeur de la
dépression à la colère démesurée souvent dirigée contre moi et je vous épargne
le reste... sont beaucoup plus difficile à vivre !
Connaissez-vous un spécialiste dans ma région pour les cas d'adulte ? J'aimerais
pouvoir en discuter avec lui.
Juin 2001
Je souffre
Monsieur,
Je viens de lire le texte sur les symptômes du déficit d'attention. J'avais
l'impression de relire ma vie. Je vis la totalité des symptômes que j'y ai lu.
Souvent, j'ai pensé qu'il me fallait quelqu'un ou quelque chose pour me guider
car je me disais que je n'avais pas tous les outils qu'il fallait pour m'en
sortir. Je vis des échecs à tous les niveaux de ma vie et peux remercier Dieu
d'être encore là pour vous écrire. On m'a toujours refusé cette aide et on m'a
souvent dit que je n'avais pas à être pris par la main pour arriver à faire ce
que je devais faire.
À 50 ans maintenant, je ne peux tolérer ces échecs plus longtemps. J'ai ce
profond désir de m'en sortir même si cela doit se passer à 60 ans et plus. Je
crois que j'ai droit à la réussite et à goûté à quelques instants de bonheur.
Être bien dans sa peau pour une fois.
Je suis une thérapie de groupe avec des psychiatres d'un hôpital mais ça n'a
aucun lien avec le déficit d'attention. J'aimerais savoir s'il y a des groupes
qui existent et si vous pouvez me référer à un endroit où on pourrait m'aider.
Je ne suis pas très à l'aise financièrement donc je ne peux considérer une
thérapie où j'aurais à débourser de l'argent.
Je viens de commencer un nouvel emploi avec de très grandes responsabilités et
je sais que je me dirige vers un autre échec comme un criminel se dirige à
l'échafaud.
Merci de votre attention,
mai 2001
Médecin hyperactif
Quand l'on observe les activités de certains collègues, la question se pose
souvent, sans recevoir de réponse trop précise. Parce que généralement le
collègue manifeste un compétence peu commune, accomplit des défis surprenants,
et qu'il suscite l'admiration.
Mais il y avait cet homme qui, raconte-t-il, avait réussi ses études médicales,
sans jamais participer directement aux cours magistraux, trop ennuyants, trop
inactifs, selon son besoin d'action immédiate. Il avait préféré se
procurer les notes de cours et en faire l'étude dans les cafés et les bistrots.
Il lisait d'abord toutes les références, puis le cours lui-même, avant
d'affronter l'examen, sans aucun problème. Il advint qu'il se présenta trop tard, à la
mauvaise journée, pour avoir un peu perdu la notion de temps.
Il fallait donc qu'il soit en mouvement ou se situe dans une situation
stimulante,
pour mieux conserver son attention focalisée sur le seul sujet de son choix. Il
ne pouvait faire une chose à la fois, mais se devait de vivre la compétition des
stimuli.
Maintenant dans sa pratique clinique, il ne pouvait uniquement écouter son patient,
mais aussi l'avertir que tout en écrivant, bougeant et allant d'une affaire à
l'autre, il ne perdait rien du récit des malaises.
Pour lui, le TDAH entraînait des symptômes inusités, comme des palpitations
cardiaques, une sudation importante et une anxiété flottante que la médication,
assez récente, réussit à faire entièrement disparaître.
Cette histoire exprime bien en soi que le traitement TDA/H ne saurait être une
affaire simple, qu'il ne s'agit pas de proposer l'abolition des stimuli, mais
plutôt de choisir, selon chacun, la manière de faire.
Un autre jeune homme fit toutes ses études médicales, mais n'arrivait jamais
à finaliser les examens finaux, par incapacité d'organiser ses soirées d'études
et se préparer adéquatement au dernier défi de passage, devant se contenter d'un
travail frustrant d'assistant médical, malgré des connaissances étendues.
Même si la médication organisait mieux son temps et son espace, elle ne
suffisait pas à sauter un dernier palier professionnel.
Médecin pour m'aider
Objet : Difficultés de l'attention
Cher Dr Claude (Tanguay)Jolicoeur
Alors je crois que cela m'aiderais de trouver un médecin pour peut-être m'aider.
J’ai perdu plusieurs emplois à cause de mon manque d'attention, et cela me
dérange de plus en plus. J'ai trente six ans, cela me fait un peu peur. Pour ne pas
déranger mes employeurs, j'ai décidé de participer à un programme d'aide aux
travailleurs autonomes. J'ai fait deux certificats, l'un en art plastique et l'autre
en arts et sciences (psychosociologie). J'ai fait un Dec, mais il me manquait deux
cours pour le finir.
Depuis des années, j'y ai travaillé six mois et je me suis
tannée. J'ai fait un DEC au collège ensuite, j'ai travaillé un an et j'ai perdu
l'emploi. J'ai trop de projets. On me dit que je m'ennuierai jamais, mais ce
n'est pas le cas. Étant jeune mon père m'a dit que l'on m'avait évaluer
brillante (+moyenne) mais dans le concret ce n'est pas le cas. Je ne m'organise
pas assez, en tant que fille je suis le vrai mouton noire du ménage. Pourtant je
suis très propre. Socialement, je dit trop ce que je pense ou je fais la
coquille. J'ai peu d'amis. Je suis très impatiente parfois, mais j'oublie vite.
Je ne sais pas si c'est mon éducation paternelle ou autre.... En résumé, je ne
m'estime pas assez et j'ai essaye de m'aider avec une psychothérapeute déjà.
Cela m'a aider un peu mais mon assurance a pris fin avec l'emploi.
SVP, connaîtriez-vous un médecin disponible pour un rendez-vous?
Merci de votre attention.
Danny,
2001
Mouton
noir
Bonjour docteur,
J'ai été agréablement surprise de trouver votre site. En effet, j'ai toujours
sur que j'avais quelque chose qui ne tournait pas rond, et récemment j'ai visité
le site
www.addmirablewomen.com où j'ai enfin
réalisé ce qui pouvait être ma "maladie". Toutefois, mon conjoint ne lit pas un
mot d'anglais, alors je vais enfin pouvoir lui faire lire les symptômes et lui
faire comprendre que ce n'est pas de ma faute si je "fais des crises" et que je
ne "l'écoute pas quand il parle".
Toute ma vie, on m'a exclue, j'ai été un mouton noir. J'ai été élevée dans
les années '80, où toute "bonne" mère se devait d'avoir une carrière à
l'extérieur du foyer. Pourtant, ma mère était une battante de son époque, et m'a
élevée à la maison, malgré les commentaires hautains des autres mamans et,
surtout, des professeurs. À l'école, je pleurais pour un oui et pour un non. On
riait de mon nom de famille, je pleurais. On me traitait de bébé parce que je
pleurais, je pleurais. Plus je réagissais et plus on m'agaçait et me tiraillait,
évidemment. Certaines années ont été moins pires que d'autres, cela dépendant de
l'expérience du professeur: je vivais l'enfer avec un jeune prof de 25 ans sorti
de l'université, mais c'était tolérable avec les enseignants ayant plus
d'ancienneté. Chose certaines, je passais toujours mes récréations seules, avec
un livre ou une corde à sauter pour une personne, et recevant parfois un
ballon-chasseur perdu sur la tête. Les professeurs, eux, me reprochaient de ne
pas écouter car je ne les regardais pas, ou je lisais un livre en plein cours.
Parfois, je parlais sans raison, mais toujours en levant la main. Par exemple,
dans un cours de maths en deuxième année, j'ai déjà levé la main pour dire:
"J'ai un chat qui s'appelle Raisin". Pourtant, j'écoutais, mon statut de
première de classe en était la preuve. Mais ils m'ont envoyée voir psy sur psy à
cause de mon comportement: pleurer, ne pas écouter en classe, etc. Les profs
mettaient ça sur le dos de ma mère: elle ne m'envoyait pas en service de garde,
donc je n'étais pas sociable! Quand mon père est parti, elle a du travailler et
m'a mise au service de garde, rien n'a changé: j'envoyais chier les monitrices
et je préférais lire des BD que de jour en groupe.
Au secondaire, c'était un peu le même scénario. On m'agaçait, je réagissais,
alors je devenais chaque année le souffre-douleur de ma classe. Une fille
couchait avec tout le monde et ce n'était pas grave. Mais moi j'avais le "kick"
sur un gars, je donnais un bisou sur la joue, et le lendemain j'étais
officiellement une pute. Plus on riait de moi et plus je devenais agressive. En
secondaire 3, j'ai découvert Internet et je suis devenu "accro". Je créais des
sites Web où j'écrivais beaucoup, et j'avais une cyber-relation avec un
américain. Tout cela n'améliorait en rien ma concentration car, en classe, je ne
pensais qu'à une chose: rentrer chez moi pour faire de l'Internet. En secondaire
4, ça s'est replacé car je m'étais fait deux amies. Les seuls problèmes que j'ai
eu ont été que j'envoyais promener les professeurs. Un jour, dans un cours de
"choix de carrière", ils parlaient des D.E.P. (diplôme d'études professionelles)
et je faisais mes exercices de français. Le prof me dit d'écouter et moi je lui
dit: "Écoute gros tas, moi je sais que je veux aller à l'université, alors tes
D.E.P. j'en ai rien à foutre". Des épisodes comme ça me faisaient récolter des
retenues, mais dans l'ensemble j'étais heureuse. Mais l'année suivante, en
secondaire 5, mes deux amies ont changer d'école, pour faires des DEP justement,
alors je me suis retrouvée toute seule et personne ne voulait m'accepter dans sa
gang. Pourquoi? Parce que j'avais les notes des "nerds", donc je ne pouvais me
tenir avec les "délinquants", mais j'étais trop "délinquante" pour les "nerds".
Vivement le cégep, que je me disais... ça n'a pas été bien différent! Bien
sûr, je ne me faisais plus achaler et tirailler, mais c'était plutôt des coups
bas. Par exemple, j'écrivais un article pour le journal étudiant et je faisais
une grave faute d'inattention. Personne ne me le disait, tout le monde
remarquait mon erreur qui me faisait paraître stupide, mais je l'apprenais des
mois plus tard: "Plein de monde ont parlé de ton erreur". Aussi, j'avais un ami
homosexuel, mon premier vrai meilleur ami, alors j'en était très fière et j'en
parlais tout le temps. Résultat: la rumeur a éclaté que j'étais lesbienne. Ce
qui est faux, car j'ai eu mes premiers "vrais" chums au cégep. Deux de ces
relations ont duré trois mois, les gars étant incapable de m'endurer. C'étaient
des gars de gang, et ils trouvaient que je me comportais bizarrement avec leurs
amis: pas de conversation, regarde une seule personne quand je parle, incapable
de rester assise à la même place longtemps, etc. Durant mes années de cégep,
j'ai également perdu deux emplois, tout deux dans des firmes de sondages: les
répondants qui m'engueulaient, pour une fille susceptible comme moi, ce n'était
pas l'idée du siècle!
Puis j'ai connu mon conjoint actuel. Ce n'est pas facile au quotidien, mais
cela fait deux ans que nous vivons ensemble. Il travaille très fort pour finir
son DEC et nous donner une qualité de vie. Quant à moi, je suis téléphoniste à
temps partiel au Réseau Admission, et j'étudie en création littéraire à
l'université, également à temps partiel. Parfois au travail, je fais des erreurs
et je m'impatiente avec les clients, mais pas trop souvent, et nous avons un bon
syndicat. À l'école, j'ai un peu de difficulté à finir mes projets, j'ai une
bonne vingtaine de textes inachevés, mais j'arrive à avoir de bonnes notes comme
toujours, et j'ai une meilleure amie qui est un peu comme moi même si elle n'a
pas à proprement parler de déficit d'attention. Comme je l'ai dit, mon conjoint
travaille très très fort, c'est moi qui ai le plus de temps libre pour m'occuper
des tâches domestiques mais j'en suis souvent incapable: j'oublie tout, j'ai les
mains "pleines de pouce", j'oublie de donner les coupons-rabais à l'épicerie,
etc. Alors il doit tout faire. De plus, je ne pourrai jamais conduire.
Ma mère a longtemps pensé que j'avais le Syndrôme de Tourette, mais je ne
sacre pas (enfin, pas plus qu'une autre personne) et je ne suis pas
obsessive-compulsive. Quand j'ai dit à ma mère ce que j'avais, elle s'est rendu
compte qu'elle aussi avait eu les mêmes symptômes toute sa vie. Savoir ce que
l'on a, c'est déjà un bon bout de chemin de fait, non?
Sophie, janvier 2003
Nouvel espoir
Objet : demande de renseignement.
Cher monsieur
Votre site me redonne espoir. Je viens de lire plusieurs textes de votre site
et également, deux témoignage dont l'un m'a particulièrement touché: " celle
dont les notes virevoltent" me reconnaissant tellement à travers son récit. C'est tellement ...les mots me manquent ...je suis encouragé. J'ai 43 ans, je suis
technicienne forestière. J'ai laissé un emploie très rémunérateur car je ne me
sentais pas capable de le faire.
J'avais toujours l'impression que mes tâches étaient trop lourdes pour moi.
Je n’arrivais jamais à me concentrer sur un simple bulletin d'information au
bureau ...ça me rendait très angoissée et je ne me sentais jamais à la hauteur
jusqu'au jour ou j'ai craqué et tout abandonné. Et ce n'était pas la première
fois que j'essayais de laisser cet emploi.
Finalement, pour faire une histoire courte. L'anxiété, le manque de
confiance et le perfectionniste sont des caractères très présents chez les
membres de ma famille et j'ai décidé que je devais régler ces problèmes, au moins
les atténuer.. Je vous demande donc de l'aide en me donnant soit vos coordonnées
pour un rendez-vous ou me conseiller quelqu'un que je pourrais rencontrer, pour me
faire diagnostiquer et me fournir les outils nécessaires à ma guérison
:)...Sachez monsieur que je remercie le ciel :) qu'on m'ait incité à visiter
votre site.... Merci de tous les efforts mis pour aider des gens comme nous, je
dis nous car à moins de preuves contraires, je pense sérieusement faire partie
de ces personnes ayant un déficit d'attention....
Céline,
2001
Presque pleurer
Bonjour
Docteur
Je viens de visiter votre site et j'en ai presque pleurer. J'ai des difficultés
depuis mon enfance; on m'a diagnostiquée maniaco-dépressive, je suis
présentement suivie pour une dépression, j'en suis à ma première perte d'emploi
mais partout où j'ai travaillé, j'ai eu des problèmes et je suis finalement
partie avant que l'on me fiche à la porte. J'ai obtenu un bacc en droit, de peine
et de misère, et je n'ai jamais réussi à passer le Barreau. Maintenant je
travaille à contrat mais j'ai l'estime de moi à -70!!
Mon psychiatre et moi (à ma demande) sommes en train de chercher des réponses
du côté du déficit d'attention de l'adulte. Je me suis reconnue dans presque
toute la description que vous faites du comportement d'un adulte atteint de ce
problème.
J'ai fait imprimer le questionnaire et le remettrai à mon médecin. Enfin,
j'ai l'impression que peut-être il y a un peu d'espoir. Pour le moment, je n'en
voyais plus du tout et je commençais à me faire à l'idée que je devrais
peut-être arrêter de travailler. Je trouve cela très difficile de recommencer à
chaque fois. Je me sens très "looser".
Je dois vous dire pour finir que mes deux enfants ont été diagnostiqués
déficit d'attention/hyperactivité.
J'aimerais beaucoup obtenir votre adresse pour communiquer avec vous si vous
le permettez.
Merci et à bientôt peut-être!
Pascale,
2002
Situations insolubles
Objet : adresses
Docteur,
Je suis plus que ravie et soulagée d'avoir découvert votre site, depuis des
années je me pose énormément de questions sur moi-même et ma manière de
fonctionner, sans en retirer de résultats. J'ai en plus tendance à m'embourber
davantage dans des situations qui me paraissent insolubles.
J'ai été frappé par
vos analyses sur le déficit d'attention chez l'adulte. Je suppose que vous devez
savoir le soulagement qu'on éprouve à se reconnaître enfin dans quelque chose et
de se dire qu'il existe peut-être une issue à tous ces maux qui au-delà de nous
empoisonner, nous handicapent davantage dans la vie de tous les jours. Sans
faire d'autodiagnostic, je peux vous assurer que je réunis beaucoup de critères
du déficit d'attention. J'ai eu quasiment l'impression de lire ma vie dans vos
textes.
J'ai continué à chercher d'autres sites discutant du même sujet et le vôtre est
de loin le plus fourni. Cependant je cherche aujourd'hui des spécialistes, hors
je réside en France, et je ne trouve aucune source d'adresses de professionnels
à qui m'adresser dans la région parisienne.
Êtes-vous en mesure de me fournir quelques adresses sur Paris et sa région. J'ai
été assez surprise de constater qu'il existe beaucoup de sites et/ou
professionnels au Canada, quelques uns en Suisse, un seul en Belgique et
quasiment rien en France.
Je vous serai gré de me répondre, merci tout de même pour tous ces
éclaircissements, je vois déjà quelques rayons de lumière derrière la porte et
çà c'est déjà un apport inestimable.
Bien à vous,
Léa,
2002
Tel père tel fils
Repentigny, 29 août 1998
Madame Anne-Marie Simard, Directrice de l’information,
Monsieur Michel Gauquelin, Directeur général,
Magazine Québec Science
Madame/Monsieur,
La présente fait suite à l’article paru dans votre revue sur le Ritalin, article
qui m’a profondément choqué.
J’ai 48 ans et je suis le père d’un enfant de 8½ ans atteint du trouble du
déficit de l’attention (T.D.A.) ; j’ai moi-même été diagnostiqué, en février
1997, comme atteint d’un T.D.A. Je déplore vivement que votre revue n’ait pas su
mieux faire la part des choses et qu’elle tombe dans le sensationnalisme en ne
se reportant qu’à des cas exceptionnels et marginaux.
Ainsi, je pense que madame Simard aurait certainement pu parler du cas d’enfants
pour qui le Ritalin, et les autres thérapies complémentaires, ont eu un effet
extrêmement bénéfique. Il aurait aussi été utile qu’elle rapporte les propos de
parents d’enfants atteints d’un T.D.A, avec ou sans hyperactivité, et pour qui
le recours à la médication et aux autres thérapies leur a permis de retrouver
une vie familiale plus harmonieuse et de voir grandir leurs enfants " en beauté
et en sagesse ". En effet, les effets bénéfiques d’un traitement adéquat du
T.D.A. ne se font pas sentir que chez l’enfant ; un tel traitement, qui devrait
inclure différentes thérapies complémentaires, profite à toute la cellule
familiale, aux ami(e)s de l’enfant et autres enfants de sa classe.
Même si je ne suis pas un expert du problème du T.D.A. et que je ne dispose pas
de données à ce sujet, je peux être d’accord que, dans certains cas, il peut y
avoir eu, et y avoir encore, abus dans l’usage du Ritalin, sans compter que le
recours au Ritalin n’est qu’un " outil " parmi d’autres, avec les autres
thérapies complémentaires, dans le traitement du T.D.A.
Par contre, je crois qu’il faut aussi se demander ce que serait la vie des
enfants à qui le Ritalin aurait été bénéfique, mais qu’on leur a refusé pour
toutes sortes de raisons, dont la peur des effets secondaires, effets
secondaires qui ne sont pas mis en perspective avec les effets bénéfiques du
Ritalin.
Le cas des deux enfants auxquels référence est faite me paraissent être des cas
extrêmes. De plus, il ne faut pas, à mon avis, confondre le T.D.A. avec le
trouble des conduites ou le trouble oppositionnel avec provocation. Cependant,
la prise de Ritalin par notre fils a eu un effet bénéfique significatif sur sa
tendance marquée à l’opposition/confrontation.
Le malaise que madame Simard dit n’avoir pu s’empêcher d’éprouver lorsque elle
aurait observé Guillaume sous médication ne doit pas faire oublier ces milliers
d’autres enfants ostracisés, mal-aimés, marginalisés, avec une estime de soi à
zéro parce que, sans le Ritalin, il leur est impossible d’être suffisamment
attentif à l’école pour pouvoir apprendre, suivre les consignes, que ce soit à
la maison, à l’école ou lors d’activités organisées, et réfléchir le moindrement
avant d’agir ou de parler, comme leur entourage le souhaiterait.
Pour ce qui est des effets secondaires possibles chez les enfants pour qui le
Ritalin est nécessaire, doit-on, par analogie, refuser un " pace maker " ou un
pontage cardiaque aux personnes souffrant de maladies cardiaques, sous prétexte
qu’il y a certains risques inhérents à toute intervention chirurgicale? Doit-on
les laisser mourir à cause de ces risques?
Un expert américain du T.D.A., Dr Edward M. Hallowell, donne comme exemple de
l’effet du Ritalin, pour l’enfant qui en a besoin, celui des lunettes pour la
personne qui souffre de presbytie ou de myopie. La volonté de voir ne pourra
jamais lui permettre de bien voir si elle ne porte pas ses verres correcteurs.
Il en est de même pour l’enfant qui a besoin du Ritalin. Le T.D.A. est avant
tout un trouble neurobiologique qui n’a rien à voir avec la volonté pure.
Sans contester qu’il puisse y avoir des cas d‘abus dans l’usage du Ritalin, je
me permets d’avancer quelques hypothèses sur un recours croissant au Ritalin :
Il ne faut pas confondre ce que madame Simard appelle la démission des
parents avec l’usure de ces parents d’enfants atteints d’un T.D.A. et qui ne
bénéficient pas, en raison de leur inexistence à peu près totale, des ressources
leur permettant de prendre un peu de répit, ne serait-ce qu’une ou deux fins de
semaine par année. En effet, il ne faut pas se leurrer; à peu près personne ne
s’offre pour recevoir cet enfant tornade qui risque de tout briser, qui peut se
blesser ou blesser quelqu’un à cause de ses étourderies et qui peut facilement
dire tout ce qui lui passe par la tête. Et je ne parle pas des ami(e)s des
parents qui disparaissent à cause du comportement de cet enfant atteint du
T.D.A..
Il faut savoir que ces parents d’enfants atteints d’un T.D.A. non traité
n’entendent que des critiques négatives sur leur enfant et en viennent,
eux-mêmes, et bien malgré eux, à oublier les forces et les qualités de leur
propre enfant en raison de tous ces commentaires négatifs provenant de l’école,
de la parenté, des amis, etc. Que de fois n’a-t-on pas entendu quelqu’un dire :
"Ah ! Si c’était mon fils, cela ne se passerait pas comme ça", ou encore : "Si
ses parents faisaient preuve de plus de discipline, cet enfant ne ferait pas
cela".
C’est pourquoi il est essentiel que la thérapie du T.D.A. englobe toute la
cellule familiale, et que les parents soient bien informés de ce qu’est le
T.D.A., et soient formés pour mieux vivre le T.D.A. de leur enfant, tout en
l’aidant lui aussi.
Comme on semble avoir voulu provoquer les gens et inquiéter les parents
d’enfants ayant un T.D.A. quand, dans la même phrase, on parle de " speed " et
de cocaïne! Devrait-on refuser l’amélioration de la qualité de vie de l’enfant
ayant un T.D.A. et de sa famille, sous prétexte qu’un abus pourrait mener au
pire? … Ma réponse est non.
Évidemment, je ne peux pas ne pas être d’accord avec le fait qu’avant de
prescrire le Ritalin à un enfant, il soit nécessaire qu’il soit bien évalué.
Notre fils avait cinq ans lorsque la monitrice de sa classe de pré-maternelle
nous a dit croire qu’il pourrait être à propos que nous consultions afin de
savoir s’il n’était pas atteint d’un T.D.A. Dans un premier temps, une
psychologue du C.L.S.C. local a travaillé avec nous et notre fils. Puis, comme
elle n’arrivait pas à une conclusion claire quant à un possible T.D.A., nous
avons consulté auprès d’une clinique de pédopsychiatrie où notre fils a été
suivi pendant plus d’un an, presque à chaque semaine, par un pédopsychiatre,
pendant que nous, ses parents, avons rencontré, pendant trois ans, presque à
chaque mois, une travailleuse sociale qui nous a aidés à mieux comprendre notre
fils et ce qu’il vit.
De plus, selon le pédiatre de notre fils qui le suit depuis cinq ans, il était
clair que notre fils allait être aidé par la prise de Ritalin qu’il prend depuis
trois ans maintenant.
À nouveau, au printemps 1998, notre fils a été réévalué par l’équipe de la
Clinique des troubles de l’attention de l’Hôpital Rivière-des-Prairies. Il doit,
à l’automne prochain, entreprendre une thérapie visant à l’aider à mieux
contrôler son impulsivité, à utiliser un processus adapté de résolution de
problèmes et à être davantage attentif.
Lorsque notre fils a commencé à prendre du Ritalin, il était en maternelle. Il
n’en prenait alors que deux doses de quatre heures chacune, soit de 08h00 à
12h00 et de 12h00 à 16h00, du lundi au vendredi. Il était alors comme un enfant
à deux vitesses : une, normale, du lundi au vendredi, de 08h00 à 16h00, et une
autre, élevée, après 16h00 ainsi que la fin de semaine où, par exemple, il
n’arrivait, qu’avec la plus grande difficulté, à compléter son cours de natation
du samedi, soit parce qu’il n’était tout simplement pas là, inattentif, soit
encore parce qu’il était en retrait, étant trop dérangeant pour le groupe.
Avant qu’il ne commence à prendre du Ritalin, à l’automne 1995, notre fils,
trois jours après le début de l’année scolaire, était " barré " dans l’autobus
scolaire, s’était déjà retrouvé au bureau de la directrice de l’école et avait
" brûlé " trois gardiennes en un mois.
Il est remarquable que, sur une période de trois ans, les deux autres fois où
notre fils s’est retrouvé au bureau de la directrice furent lors d’oublis de lui
administrer sa médication. La première fois, nous n’avons réalisé cet oubli que
quatre jours plus tard; cependant, nous nous sommes alors très bien rappelés
quelle journée cela avait été. La deuxième fois, son professeur s’est rendu
compte qu’il n’avait pas eu sa médication du matin en constatant comment il
était, comme à l’habitude, plus calme et plus attentif en après-midi, après
avoir reçu sa médication au dîner.
Dès que notre fils eût débuté en 1ère année, soit à partir du moment
où il a eu des devoirs et de l’étude à faire, ce fut l’enfer, les soirées de
semaine se transformant en cauchemars. En effet, notre fils était absolument
incapable de se concentrer suffisamment pour faire ses devoirs et leçons qui
pouvaient prendre jusqu’à une heure et demie, deux heures chaque soir, alors que
les autres enfants ne prenaient qu’environ 45 minutes et ce, sans compter les
crises de nerfs ou de larmes de notre fils et des parents parce que nous ne
comprenions pas encore alors que son attitude n’était pas due à de la mauvaise
volonté de sa part, mais bien à une incapacité physique de se concentrer. Si
notre fils réussit très bien à l’école, c’est fort probablement grâce au Ritalin
qui l’aide à mieux se concentrer, ce qui lui permet de travailler aussi fort
qu’il le fait.
Depuis son début en 1ère année, notre fils prend du Ritalin pour être
" couvert " 12 heures/jour, sept jours/semaine, et profiter ainsi d’une vie où
ses relations interpersonnelles, en dehors de l’école, sont beaucoup plus
harmonieuses. Avant de prendre du Ritalin, notre fils, à cause de son
impulsivité, était, à toutes fins pratiques, incapable de jouer avec des amis et
souffrait énormément de cette solitude. Et je peux vous dire qu’en ce qui
concerne son développement physique, il se situe au 75e percentile.
Je ne crois pas qu’un enfant atteint d’un T.D.A. est un enfant anormal, mais
c’est très certainement un enfant différent des autres. Je parlerais même de
handicap, mais non visible, à la différence d’un enfant handicapé physiquement.
Et, dans ce sens-là, je ne peux que féliciter la Clinique des troubles de
l’attention de l’Hôpital Rivière-des-Prairies, plus particulièrement docteur
Claude Jolicoeur et madame Christiane Gravel, pour la formation de dix
rencontres que cette clinique donne à l’intention des parents d’enfants ayant un
T.D.A.
Avec le système de récompenses/conséquences enseigné lors de cette formation,
nous avons redécouvert les grandes forces et qualités de notre fils qui, lui,
par effet conséquent, a, de façon très significative, amélioré son comportement
à la maison et son estime de soi, sans compter que nous nous sommes découverts
une nouvelle compétence parentale.
Concernant l’affirmation de madame Simard à l’effet que, pour être atteint d’un
T.D.A., il faille que les trois symptômes majeurs d’hyperactivité, d’impulsivité
et des troubles de l’attention coexistent, elle me semble ajouter de la
confusion à un problème déjà difficile à bien définir. En effet, le D.S.M.-IV
indique que les troubles " déficit de l’attention et comportement perturbateur "
regroupent les troubles suivants :
| Trouble de l’attention/hyperactivité avec les sous-types suivants : | |
| Déficit de l’attention/hyperactivité, type mixte | |
| Déficit de l’attention/hyperactivité, type inattention prédominante | |
| Déficit de type hyperactivité-implusivité prédominante | |
| Trouble du déficit de l’attention/hyperactivité, non spécifié |
Or, à la section " Critères du diagnostic du trouble : Déficit de l’attention/hyperactivité ", le critère A est le suivant :
A. Présence soit de (1), soit de (2)
Oui, il est vrai que certaines directions d’école peuvent ne pas en faire
assez pour ces enfants. Oui, il est vrai que certains professeurs n’en font pas
assez pour ces enfants qui dérangent et qu’ils souhaiteraient voir dans une
autre classe que la leur. Oui, il est vrai que les écoles manquent de ressources
spécialisées pour supporter les professeurs et aider les enfants. Oui, il est
vrai que le Ritalin ne doit pas être le seul moyen thérapeutique utilisé. Oui,
tout cela est vrai, mais cela ne justifie aucunement de faire peur aux gens et
de condamner le recours au Ritalin pour tous ces enfants qui en ont vraiment
besoin.
Je crois pouvoir vous parler d’expérience. Oui, pour certains, j’ai réussi. Je
suis avocat (1974), j’ai un M.B.A. (1983) et j’ai complété ma scolarité de
maîtrise en droit de la santé (1993). Mais à quel prix !
Ainsi, lorsque je faisais mon M.B.A., je me levais à 08h00 (endormi comme
Guillaume ! ! !) et je me couchais, à 04h00 (par obligation de me lever quatre
heures plus tard), le lendemain matin. Je suivais cet horaire à cause de mon
inattention et de mon manque de concentration qui me faisaient perdre mon temps,
mon esprit vagabondant d’un sujet d’intérêt à l’autre. À moins que ce ne soit
par manque d’intelligence pourraient être tentés de dire certains ?
Aujourd’hui encore, parce que je n’arrive pas à mettre mon esprit à "off",
hors-circuit, je dois me forcer pour aller me coucher, dormir étant vu comme une
perte de temps.
La vie d’un adulte atteint d’un T.D.A. non diagnostiqué et non traité,
particulièrement quand dominent l’inattention et la distractibilité, cela veut
dire, par exemple, travailler plus longtemps et plus fort pour arriver au même
résultat que les autres.
La vie d’un adulte atteint d’un T.D.A. non diagnostiqué et non traité,
particulièrement quand dominent l’irritabilité et l’impulsivité, cela veut dire,
par exemple, avoir peu d’amis, avoir des relations interpersonnelles chaotiques
et tendues, tant au niveau du couple, de la famille que du travail avec, par
exemple, des pertes ou des changements d’emplois fréquents.
La vie d’une personne atteinte d’un T.D.A. non diagnostiqué et non traité,
cela veut dire qu’on n’a que très peu d’estime de soi, de confiance en soi et
qu’on est bien malheureux dans notre peau.
C’est cela que veut dire être atteint d’un T.D.A. non diagnostiqué et non
traité.
C’est pourquoi, en attendant que tous les autres facteurs facilitants, que tous
souhaitent évidemment, ne soient réunis et mis en place, je crois qu’au lieu de
chercher à faire peur aux gens, de façon irresponsable à mon avis, quant à
l’utilisation du Ritalin dans le traitement du T.D.A., il faille plutôt, à
l’inverse, songer à tous ces enfants atteints d’un T.D.A. qui souffrent et
souffriront toute leur vie parce que leurs parents auront eu peur de faire face
à la réalité et d’entreprendre les démarches nécessaires afin que leur enfant
puisse mieux faire face à son handicap, bien vivre sa vie, être bien dans sa
peau et avec les autres.
Parce qu’il faut bien le dire : une personne atteinte d’un T.D.A. est une
personne handicapée qui s’ignore jusqu’à ce qu’elle soit diagnostiquée comme
telle. Par la suite, elle demeure une personne handicapée dont les autres
ignorent ou refusent souvent de reconnaître le handicap, plus particulièrement
s’il s’agit d’une personne adulte.
En terminant, je souhaite que plus de parents d’enfants atteints d’un T.D.A.,
et qui conservent eux-mêmes un T.D.A., soient enfin diagnostiqués et traités en
conséquence. D’une part, cela leur permettra de jeter un peu de baume sur une
vie, souvent, remplie de misères et qui leur aura demandé énormément plus qu’aux
autres pour réussir et bien vivre leur vie. D’autre part, cela leur permettra de
supporter leur enfant atteint d’un T.D.A. et de mieux l’aider à surmonter les
difficultés qui attendent toute personne ainsi atteinte d’un T.D.A. et ce, afin
que leur enfant n’ait pas, comme eux, ce sentiment profond et persistent de
sous-réalisation qui est propre à la très grande majorité des adultes atteints
d’un T.D.A. et qui n’ont pas été traités en conséquence.
Daniel Létourneau
Tel fils tel père
Bonjour docteur
Mon ex-conjointe, mère de mes enfants et amie, m'a imprimé quelques pages de
votre site Internet sur les TDA parce qu'au départ le professeur de notre fils
nous suggère d'investiguer son comportement. À chaque début d'année scolaire (il
est en 4e), chacun des professeurs nous ont exprimé la difficulté du fils de
suivre les consignes et le fait qu'il a tendance à déranger (il chante, il
parle, il fait des grimaces).
Pourtant, à la maison c'est un enfant doux, calme et très sensible. Il a
cependant de très bonne note et des aptitudes certaines en mathématique et une
logique très développée. À 6 ans environ, il solutionne un problème de distance
en voiture à l'aide d'une règle de trois. À la maternelle, il m'explique que 4 x
5 c'est la même chose que 2 x 10 !!!
Toujours est-il l'ex-conjointe que me dit en me donnant les textes:
"Regarde qui tu reconnaîtras". Je me dis que je reconnaîtrai ou non mon fils,
qui d'autre? Eh! bien c'est moi que j'y ai vu, elle aussi. Je suis donc allé sur
votre site pour lire les autres textes et les témoignages. J'ai complété le
questionnaire de pré-évaluation. Mais que fait-on ensuite?
Je me sais intelligent. Je sais que j'ai de grandes capacités. Je n'arrive
pourtant pas à réussir quoique ce soit. Ma vie est un cafouilli terrible. Je
n'ai pas un sou devant moi, aucun revenu, et donc, un lot de problèmes qui va
avec cette situation. Je suis incapable de travailler. J'ai des milliers
d'idées, de projets et je sais pourtant que je suis incapable de les faire
avancer.
Par exemple, depuis quelques mois, j'essai de faire un changement complet de
carrière. Je me sens incapable de retourner travailler en informatique. Comme
j'ai oeuvré depuis très longtemps au sein d'organismes à but non-lucratif et sur
différents conseils d'adminstration, je me suis trouvé un organisme où je
pourais être directeur général tout en ne subissant pas la pression d'un travail
compétitif. Je n'ai aucun revenu pour l'instant de cet organisme, mais j'y
développe des projets de financement pour faire démarrer l'organisme et créer
mon emploi. Je me retrouve aussi mal pris qu'avant et tout aussi désorganisé. Je
sais ce qu'il faut faire mais je me retrouve submergé par de trop nombreuses
taches. J'ai toujours et encore de longues listes de choses à faire et n'y
arrive pas (Plus les années passent, plus je me fais de ces listes).
J'ai toujours été (du moins depuis mon adolescence) motivé par les projets,
qu'ils soient réalisables ou non. J'ai eu l'occasion à plusieurs reprises
d'organiser des événements ou de créer de toutes pièces des nouveaux produits ou
services. Pourtant je ne me suis jamais rendu jusqu'à en connaître les succès.
J'écris de plus en plus. J'adore écrire. J'ai des tas de sujets qui me
passionne. J'ai un projet de pièce de théâtre de commencé qui traite d'un monde
meilleur. J'ai un livre qui traite des rapports humains de commencé. Est-ce un
autre échappatoire? Pourrais-je être plus utile à la société en écrivant?
J'aimerais donc m'assurer que mon fils ne suit pas mes traces de vie (isolement
en classe, réussite scolaire dégressive) et j'aimerais aussi prendre soin de moi
et accéder à une vie plus "normale". Quelle est ma prochaine étape? Qui dois-je
consulter? Pouvez-vous nous recevoir mon fils et moi?
Merci de votre réponse et de votre aide,
septembre 2001
Thanks
Objet : Thanks
Dear Claude
First I will like to thank you for all the helpful information in your WebPage.
I am a 35-year woman, which for many years suffered for mild depression,
frustration, and other features that you mentioned in your page, and then did
not know what was wrong with me until I read you page and find out that, yes, I
am a typical ADHD person.
So I was wondering if you be so kind to recommend to me some books or
literature, or tips about this disorder.
Thank you in advance for all the help that you can provide me.>Best regards
Marian,
mai 2001
Une vie déprimante
Objet : A bout de force!
Monsieur
J'aimerais pouvoir vous consulter et si c'est vraiment impossible que
vous puissiez me référer à un confrère qui connaît bien le TDA. Je me suis
reconnue dans vos pages. Et avant de vous lire, j'étais perdue et je me
croyais seule dans cet état; j'ai trente-deux ans et j'ai grand besoin que ça
change, car je suis fatiguée de tourner en rond; une vie comme ça ne vaut tout
simplement pas la peine d'être vécue, je ne réussis que ce que je peux faire de
mes deux mains. Le reste est un véritable fiasco, et là où ça me fait le
plus mal, c'est d'avoir de la misère à rencontrer une personne qui meublerait
ma vie qui est déprimante. J'ai besoin d'aide, car il faut que ça change
Chloé,
2002
Claude Jolicoeur, m.d., 2002