Les crises dans le déficit de l'attention

Le seuil de frustration restera longtemps assez bas, malgré la meilleure attitude et traitement en cours. Mais quand la crise éclate, le niveau d'agressivité verbale ou motrice peut atteindre des sommets d'incohérence, avec même des menaces suicidaires ou homicidaires. Parce que tout simplement, il y a perte subite du jugement et capacité de contrôle, dans un temps et espace donné. L'incident n'est qu'événementiel, et ne doit pas s'interpréter trop largement, sans tomber dans la culpabilité redondante. Ce n'est parce que l'enfant est spécialement plus malheureux ou dépressif qu'il fait une crise démentielle, mais qu'il est frustré au dernier degré. L'enfant TDA vit dans la pensée magique; il aime gagner sans suivre les règles courantes. Il se fait des adversaires à tout moment, par provocation instinctive. Il ne fonctionne pas avec une notion de temps bien claire et définitive. Le temps varie selon ses intérêts, et le moment présent. Il n'anticipe pas, il fonce; il ne prépare pas les transitions, mais bute sur les changements à tout instant. La frustration reste permanente. À la moindre fatigue, excitation supplémentaire, le seuil de contrôle se franchi.

De plus, trop d'intervenants veulent encore casser le caractère TDA/H, à travers des philosophies contraignantes, punitives, ou mal adaptées, en faisant comme si la condition particulière n'existait pas. C'est vrai pour un grand nombre d'approches qui minimisent le déficit de l'attention, sans tenir compte des limites inhérentes à la pensée TDA, qui est une pensée d'action avant d'être une pensée de réflexion et de retour sur soi qui intègre le passé.

Il n'est pas rare de retracer de simples facteurs de banalité, dans les plus grandes crises, comme un retrait de petits privilèges ou une punition anodine. L'incident serait vite oublié par l'enfant lui-même, si la société, brièvement menacée, ne sortait tous ses canons de menaces, d'interprétations négatives, sur le compte le plus souvent du parent démuni et désemparé.

Il n'en reste pas moins que chaque crise devrait entraîner un moment de réflexion sur l'ensemble de la prise en charge, sapsychologie réelle, en vue d'identifier les facteurs précipitants. Mais chaque crise devrait n'être qu'un incident de parcours, et non pas une catastrophe.

À réévaluer régulièment:
- les sensibilités diverses
- la grille de valorisation
- le rapport:
                   au temps
                   à l'espace

 

Claude Jolicoeur, m,d.
Montréal, 2001