Suggestions sur les critères diagnostic du déficit de l'attention chez les
adultes
par Edward M. Hallowell, MD et John J. Ratey, MD.
Note: Ces critères se basent sur une vaste expérience clinique, mais sans
validation statistique pour le moment; des essais pratiques seulement. Ne
considérez ces critères qu'en raison seulement de leur plus grande fréquence
vis-à-vis d'autres personnes d'un même âge mental. (Note : TDA/H = Trouble du
déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité)
A. Un trouble chronique où l'on retrouve au moins douze des points suivants :
1. Un sens de ne pouvoir assez exceller, de ne jamais rencontrer ses
objectifs (sans égard aux efforts).
Ce symptôme, nous l'avons mis en premier parce qu'un adulte en demande
d'aide l'évoque le plus souvent. "Je ne peux me prendre en main," devient un
refrain bien fréquent. Cette personne peut sembler bien accomplie, selon les
standards habituels, mais aura l'impression de tourner en rond, perdue dans un
labyrinthe, incapable de tirer profit de son potentiel naturel.
2. La difficulté d'organisation
Un problème majeur pour la plupart des adultes avec le TDA/H. Sans la
structure de l'école et des parents aux alentours qui organisent tout, les
adultes peuvent s'effondrer sous le poids des demandes d'organisation de la vie
ordinaire. Les supposées "petites choses" peuvent s'accumuler et créer des
obstacles énormes. Dans le sens d'un vieux dicton--pour un rendez-vous manqué,
un chèque perdu, une date-limite oubliée-- on peut perdre son royaume.
3. Les délais chroniques ou les problèmes de départ.
Les adultes en TDA/H s'inquiètent tellement au début d'une tâche, craignant
de ne pouvoir bien l'accomplir, qu'ils remettent toujours à plus tard ; ne
faisant qu'augmenter l'inquiétude en regard de cette même tâche.
4. Un grand nombre de projets simultanés mais la difficulté d'en faire le
suivi.
Un corollaire du #3. Comme l'on retarde une obligation, un autre en prend la
relève. À la fin du jour ou de la semaine ou de l'année, l'on a entrepris une
infinité de projets, sans vraiment les terminer.
5. La tendance à faire des remarques, sans considération de la nécessité
ou du moment opportun.
Comme l'enfant avec le TDA dans la classe, l'adulte aussi s'enthousiasme
trop vite. Dès qu'une idée lui vient à l'esprit, il lui faut en parler tout de
suite ; le tact ou la ruse cédant sa place à l'exubérance infantile.
6. Une recherche constante des stimulations fortes.
L'adulte avec le TDA/H se met toujours en recherche d'une nouvelle
expérience, une quelconque sensation du monde extérieur qui pourrait l'accrocher
à son tourbillon intérieur.
7. La tendance à s'ennuyer facilement.
Un corollaire de #6. L'adulte souffrant du TDA/H se laisse envahir par
l'ennui. C'est un puits sans fond, où il perd une grande partie d'énergie mais
le laisse avide de stimulations supplémentaires. On peut l'interpréter
facilement comme un manque d'intérêt ; en réalité, c'est une incapacité relative
à soutenir son intérêt sur une longue période de temps. En autant que la
personne s'en rende compte, sa batterie se décharge rapidement.
8. Une facilité à la distraction ; une difficulté de focaliser son
attention, une tendance à déconnecter ou dériver au milieu d'une page ou d'une
conversation, souvent associée à la capacité d'hyperfocaliser à certains autres
moments.
Le symptôme-clef du déficit d'attention. La " déconnexion " se passe tout à
fait de façon involontaire. Elle se produit quand la personne flotte un peu,
pour ainsi dire, et tout ce que vous savez, c'est qu'elle n'est plus là. Souvent
l'on retrouve aussi une capacité extraordinaire, également présente,
d'hyperfocaliser son objectif ; soulignant nettement un syndrome non du déficit
de l'attention mais de l'inconsistance de l'attention.
9. Une personne souvent créative, intuitive, très intelligente.
Non un symptôme, mais un trait digne de mention. Les adultes en TDA/H ont
souvent l'esprit exceptionnellement créatif. Malgré leur désorganisation et leur
esprit distrait, ils font souvent des coups d'éclat. Capter ce " quelque chose
de spécial" est l'un des objectifs du traitement.
10. La difficulté de respecter les procédures habituelles, pour ne suivre
que les siennes propres.
Au contraire de ce qu'on peut penser, il ne s'agit pas de quelques problèmes
mal résolus avec les figures d'autorité. C'est plutôt une manifestation d'ennui
et de frustration : l'ennui d'accepter les façons habituelles de faire et
l'excitation de nouvelles approches, et puis la frustration d'être incapable de
faire à sa manière et selon sa conviction.
11. Impatience et mauvais seuil de tolérance à la frustration.
Les multiples frustrations rappellent tous les échecs du passé. " Oh non,
pense-t-il, voilà, nous y revenons encore ! " Donc l'individu se fâche ou se
retire. L'impatience se relie au besoin de stimulation et laisse croire à un
manque de maturité et d'assouvissement personnel.
12. Impulsivité en paroles ou actes, comme flamber son argent, modifier
ses projets, entreprendre de nouvelles stratégies ou plans de carrière, et le
reste.
Voici l'un des symptômes les plus dangereux chez l'adulte ou selon le type
d'impulsions l'un des plus avantageux.
13. Tendance à s'inquiéter sans cesse, inutilement; tendance à scruter l'avenir pour entrevoir quelques problèmes, en alternance avec l'inattention ou la négligence des vrais dangers. Le manque d'attention se transforme en inquiétude quand l'activité n'arrive pas à concentrer l'individu.
14. Le sens d'un désastre imminent, d'une insécurité fondamentale, alternant
avec le besoin de prendre de gros risques.
Ce symptôme se rattache la tendance soit de l'inquiétude excessive soit de
l'impulsivité.
15. Une humeur labile(variable), dépressive surtout lors de rupture
relationnelle ou de quelconque projet.
L'humeur instable affecte souvent l'adulte en TDA/H, plus encore que
l'enfant. Une grande part du sentiment proviendrait de l'expérience de
frustration et/ou échec, tandis que les facteurs biologiques du désordre en
expliqueraient l'autre partie.
16. L'agitation.
L'on ne voit pas habituellement, chez l'adulte autant que chez l'enfant,
l'hyperactivité dans tout son ampleur. L'on voit plutôt ce qui ressemble à " une
grande nervosité " : marcher de long en large, tambouriner de ses doigts,
changer de position sur sa chaise, se lever fréquemment de table ou partir de la
pièce, s'énerver même dans un temps de repos.
17. La tendance au comportement d'accoutumance.
L'accoutumance peut concerner une substance telle l'alcool, la cocaïne ou
une activité comme le jeu, le magasinage, la nourriture ou encore le travail
excessif.
18. Les problèmes chroniques d'estime de soi.
Résultats directs et malheureux d'années de conditionnement : des années de
vie à se faire traiter de brise-fer, de bombe ambulante, de mauvais travailleur,
de paresseux, d'être bizarre, singulier ou incontrôlable, et j'en passe. Ces
années de frustration, d'échecs de ne rien pouvoir faire correctement entraînent
des problèmes d'amour-propre. L'impressionnant de toute cette affaire, c'est la
grande capacité des adultes à survivre à tous ces contretemps.
19. Mauvaise capacité d'introspection.
Les gens avec le TDA/H demeurent de mauvais observateurs d'eux-mêmes. Ils ne
mesurent pas correctement l'impact qu'ils ont sur les autres individus. De
grands malentendus peuvent s'ensuivre et créer de profondes blessures
émotionnelles.
20. Une histoire familiale du déficit de l'attention, de maladie
maniaco-dépressive, de dépression, d'abus de drogues ou autres désordres de
l'impulsion ou de l'humeur.
Depuis que l'on sait que le déficit d'attention se transmet aussi au niveau
génétique et qu'il s'apparente aux autres considérations ci-décrites, il n'est
pas rare (mais nullement nécessaire) de trouver une histoire familiale du même
genre.
B. Une histoire infantile du Déficit de l'attention (sans que le diagnostic soit formel, l'on retrouve tous les signes et symptômes en revoyant l'histoire).
C. Une situation qui ne s'explique pas par d'autres conditions médicales ou psychiatriques.
On ne peut pas trop souligner l'importance d'éviter de faire son propre diagnostic. À partir des informations et des exemples qui l'on apporte ici, l'on espère soulever des doutes, mais une évaluation médicale demeurera essentielle pour éliminer toute autre condition maladive.
FIN
N.B: Texte original: " Suggested Diagnostic Criteria For Attention Deficit Disorder In Adults ", disponible sur le réseau WEB, avec la gracieuseté des auteurs: E. Hallowell, m. d. et J. Ratey, m. d, qui ont publié " Driven to Distraction ", et " Answers to Distraction ", éditions Pantheon, Bantam ou Touchstone, 1994.
Traduction par Dr Claude Jolicoeur, pédopsychiatre, 1996.