Les devoirs ou la vie!
Chacun revient à la maison, espérant retrouver le fruit du labeur quotidien, pour l'un le journal et l'apéro, l'autre le dessin animé, le jeu vidéo et les loisirs du soir.
Mais il reste ces devoirs, cette invention diabolique qui, chaque soir, amène querelles, disputes, remords dans les foyers des jeunes familles. Avec le déficit attentionnel, il n'est pas rare de passer quelques heures aux devoirs et leçons, sans pourtant se convaincre que l'on avance dans la bonne direction. L'enfant se distrait à la moindre occasion. Il faut aussi neutraliser tous les bruits, "je ne peux même pas plier le linge", raconte une mère, "il faut m'asseoir près de lui, et l'assister dans chaque opération, sinon il se décourage et abandonne", incapable de se donner une stratégie et d'anticiper une réussite.
Ces devoirs qui devaient n'être qu'un exercice de révision de la matière et une manière concrète de soutenir l'école, dans les priorités de l'enfant, se transforment désormais en cauchemars. Le parent ne révise plus, mais fait carrément œuvre d'enseignant. Car cet enfant distrait n'a rien écouté de la journée, s'il n'est pas sous médication efficace. Il n'a pris aucune note, aucune indication. Il faut inventer ses devoirs qui à l'écouter n'existent jamais. Ou bien il est si fatigué des efforts soutenus que plus rien n'est possible pour soulever son intérêt.
Pour l'enfant TDA/H, les temps forts des apprentissages devraient avoir lieu pendant la journée, en particulier la matinée, mais surtout, s'il y a lieu, en fonction du temps de couverture de la médication qui est pleinement efficace pendant 7- 8 heures. Quitte à reprendre en fins de semaine les retards accumulés. Sans concentration minimale, aucun effort, aucune menace ou punition ne peuvent faire avancer. Dès qu'une situation se négativise, le potentiel d'apprentissage diminue en proportion. Pour apprendre, il faut aimer savoir. Donc de l'intérêt et de la motivation.
Plus que jamais, les temps et les espaces "école" et "famille" doivent se distinguer. Car l'enfant TDA/H a peu le souci du temps et de l'espace distinct. Il tend à tout mélanger et confondre. Il entraîne naturellement les milieux à se perdre l'un dans l'autre. Pourtant, il faut garder l'école à l'école et le familial chez soi. Devant les difficultés, chacun demande l'aide de l'autre, mais face aux échecs, les accusations frappent toujours l'autre camp. Il peut être trop facile d'interpréter les intentions du partenaire, quand les fonctions sont mal définies. Généralement, les parents ont le devoir légitime de consulter quand l'école le demande.
Le déficit attentionnel empêche de suivre les séquences d'apprentissage. Tout doit se faire au même moment, et même se finir avant de commencer. L'apprentissage exige le suivi d'étapes successives dans le temps.
Si devoirs il le faut, ils ne devraient trop dépasser les trente ou
quarante minutes, en
1- s'assurant que l'enfant écoute bien le professeur durant les cours et sait ce
qu'il doit faire en devoirs et leçons, sinon une
évaluation du niveau d'attention est nécessaire. La communication école et
famille doit rester limpide et sereine.
2- planifiant les devoirs vers la fin immédiate des classes ou trouver un
moment dans la journée et encore les weekend.
3- séparant la tâche en étapes courtes, définies, avec de petites pauses et
récompenses.
4- introduisant des jeux de rôles, par exemple, car rien ne rebiffe autant
l'enfant TDA/H que de se sentir perdant, ignorant. Il veut le contrôle. Lui
donner le rôle du maître, un temps défini, le forcera à imaginer des situations
d'apprentissage qu'il pourra s'approprier.
5- s'aidant d'une tierce personne qui aura une nouvelle autorité, sans pourtant
devenir répressive.
En espérant que la corvée soit un moindre plaisir
Claude Jolicoeur, pédopsychiatre,
Montréal, mars 2002
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