La Discipline
chez les enfants
Introduction:
Un mot qu’aucun parent ne voudrait jamais savoir ; qu’aucun enfant ne voudrait entendre; qu’aucun professeur ne voudrait utiliser. Mais finalement tout le monde en parle. Souvent pour des raisons différentes et des enfants particuliers. Car il y a ces enfants qui s’élèvent sans grande intervention de l‘adulte et les autres qu’il faut sans cesse avoir à l'œil. Il y a ces enfants qui ont le sens inné ou presque de la limite raisonnable; qui demande la permission avant d’agir dans une situation nouvelle et dangereuse et ces autres qui n’en font qu’à leur tête, ne voit pas le danger et aussi le recherche ou encore n’hésite pas à se mesurer à l’adulte. C’est qu’il existe une grande variation dans les tempéraments et les dispositions naturelles de croissance du caractère propre (le tempérament).
Historique:
Autrefois, l’on traitait l’enfant comme un petit adulte. Dès le plus jeune âge, il devait se modeler à son image et bien se tenir. L’on confondait facilement la morale et l’éducation. Aujourd’hui, on lui donne une bonne vingtaine d’années sinon davantage pour atteindre ce même niveau. L’on sait par la neurobiologie qu’il lui faut tout ce temps pour acquérir les connaissances nécessaires à construire son identité propre. Ce n’est qu’à la fin de l’adolescence que la prolifération des connections (nerveuses) synaptiques ralentit vraiment; que la structure du cerveau devient plus définitive par émondage (disparition) des connecteurs (dendrites) superflues. Jusqu’alors, chaque apprentissage construisait facilement ses propres structures et connexions nerveuses, comme la facilité d’apprendre une nouvelle langue sans trace d’autres accents antérieurs.
L’enfant plus difficile:
Voilà sans doute une réalité bien facile à distinguer. Il y a l’enfant facile et plus difficile et un million de nuances entre les deux. Il n’est pas nécessaire d’élaborer sur l’enfant facile qui se contente de ce qu’il a et profite facilement de son entourage ; il sait se faire aimer. Pour l’autre, il y a bien des mots pour le décrire: Enfant opposant, enfant lunatique, enfant hyperactif. L’enfant opposant s’oppose pour le plaisir de s’affirmer quand il ne provoque pas de surcroît; l’enfant lunatique n’entend pas les consignes ou les oublie aussitôt surtout quand ça l’arrange ; l’enfant hyperactif, bien connu, n’arrête pas de bouger, de l’aube aux heures avancées de la nuit; jamais fatigué, inépuisable et capable d’épuiser les parents.
L’éducation:
Il ne peut y avoir de méthodes uniques, en regard d’enfants si différents. Pour l’un, le froncement des sourcils peut suffire, pour l’autre même les menaces ne conduisent nulle part. Il sera nécessaire d’établir ce qu’il faut pour chacun. À mesure que l’enfant dépasse les limites usuelles de son âge, les techniques éducatives se compliquent. Entre l’enfant lunatique, opposant ou hyperactif, il y a souvent ce point commun du manque de tolérance à la frustration, conséquence d’une certaine impulsivité, elle-même suite d’un manque d’anticipation des limites et interdits, faisant partie d’une irréflexion générale que l’on nomme souvent un déficit sélectif de l’attention. Cette difficulté engendre en soi un manque d’organisation dans le temps et l’espace: la satisfaction devant se produire dans l’immédiat et n’importe ou. Sans aucune considération secondaire. Aucune anticipation des conséquences, parfois même négatives pour l’individu. Aucune reconnaissance de l’expérience passée. Ce qui donne l’impression d’un égocentrisme absolu, qui ne tient jamais compte des autres ou des circonstances.
Il faut penser que, pour l’enfant en maturation, le sens de la limite n’est pas aussi claire et défini que peut le croire l’adulte, même si souvent par complaisance ou faire plaisir, il le laisse croire. Pour donner la " chance au coureur ", il faut s’imaginer que la limite se vit davantage comme une persécution réelle, parce qu’imprévue et soudaine. Elle n’est sécurisante qu’après-coup, lorsque la situation se normalise sans trop de dégâts.
Les stratégies:
Évitez en général de perdre votre sang-froid ; ce qui ne fait que vous rendre plus vulnérable. Et permettre la poursuite de la confrontation, l'enfant se sentant plus menacé. Surveillez le ton de voix qui identifie le niveau de l’émotion. Évitez de donner trop d’explications, une ou deux fois devant suffire. La responsabilité ne se discute pas mais s’assume. Soyez comme un arbitre, neutre mais ferme et parfois tolérant tout en conservant les mêmes règles. Il convient d’utiliser les récompenses davantage que les punitions, à travers diverses stratégies que chaque couple enfant-parent ou prof doit s’inventer.
Modèles généraux
• le renforcement positif
• sans retrait:
Avant tout, il faudra penser à ces petites techniques, comme les grilles de conduite où l’on récompense régulièrement les efforts et réussites avec des collants, jetons, etc. L’important, c’est l'idée d'une l’approche concrète et surtout très visuelle qui s’organise dans le temps et l’espace. Inventez des bloc-matin, midi, soir, ou des bloc-leçon, devoir, etc. Trop souvent l’on donne trop pour une seule tâche, sur le coup de la satisfaction. Plutôt morcelez le bonus et divisez les tâches. Distinguez nettement du système de punitions en évitant de retirer ou d’annuler les boni.
• avec retrait partiel:
Une stratégie qui permet de fixer d’abord la récompense globale d’où l’on retranche des parcelles en cas d’indiscipline, de paresse. Donner, par exemple, une paie ou une somme de points, pour le jour ou la semaine, d’où l’on enlève une petite somme au dépassement des limites ou refus de responsabilités de base. L’enfant qui prend aussitôt l’acquis comme un droit se montre plus docile à tout compromis raisonnable. En même temps il adhère à une structure sans s’en rendre vraiment compte.
• le renforcement négatif
C’est le modèle de la punition en rapport avec l’acte négatif. Parfois nécessaire mais facilement confrontant et destructeur sans un apport plus positif. Toujours le combiner avec un système plus motivateur.
Considérations spéciales:
le " 1-2-3 Magique " #9; :
Un psychologue américain, le Dr T. W. Phelan prône une méthode qui se voudrait très efficace pour tous les enfants, voire même les plus difficiles. Il la nomme " 1-2-3 Magique ", à partir de l’exclamation de certains parents face à une réussite inespérée. Après l’insuccès d’une seule consigne et explication, face à un comportement inacceptable, il s’agit de compter lentement jusqu’à 3, avant d’ordonner le " take five ", ou le " 5 minutes dans ta chambre ", si la conduite négative n’a pas cessé avant le compte 3. S’il y a encore refus, un autre " 5 minutes " s’ajoute, en ne disant cette fois que le " 3 et 5 minutes de plus dans ta chambre ", si l’on se trouve dans la maison. À l’extérieur de chez soi, l’on ajuste selon les circonstances, en conservant la même stratégie. En anglais, le " take five " a une connotation familière et positive; il s’utilise à toute occasion pour signifier un temps d’arrêt, de repos. Cette méthode crée une structure du temps et de l’espace, de la manière la plus simple possible. Elle donne à l’action même et sa durée une dimension et une portée bien concrète à ce qui se passait dans l’indéfini. Elle simplifie la consigne. L’on tente de ramener la stimulation à sa plus simple expression. De focaliser sur l’action à la fois seule et unique, non pas sur les émotions ou situations complexes. C’est une méthode de renforcement négatif, qui devrait demeurer un dernier choix ou se combiner à une stratégie de récompense. Sans risque d’aggraver l’opposition de l’enfant très opposant.
Conclusions:
Dans toutes ces stratégies, il n’y a rien de parfaitement efficace en toutes circonstances. L’enfant fiévreux ou fatigué change d’attitude devant la contrainte. L’idée principale, ici, c’est d’établir un certain processus, et au besoin de savoir consulter. L’éducation, c’est un art autant qu’une pédagogie. La différence individuelle pourra aussi devenir une richesse pour la collectivité si elle se trouve respectée. La plupart des grands personnages de notre histoire n’avaient pas le caractère trop facile. Il y avait souvent chez eux une bonne part d’opposition aux normes établies. Il n’y a qu’à penser aux Einstein, Churchill, de Gaule, pour s’en convaincre.
À lire:
" 1-2 3 Magic ", Effective Discipline for Children 2-12, Dr Thomas W. Phelan. Également sur conférences vidéo (anglais seulement).
Dr Claude Jolicoeur, pédopsychiatre, août 97.