La foire aux questions et réponses du Déficit attentionnel/Hyperactivité
Questions

1-Maladie ou condition
2-Maladie inclusive
3-Maladie bipolaire
4-Ces différences d'orientation

5- Se protéger des risques
6-Ressources en région

7- Mon fils schizophrène
8-Ma fille borderline
9-Importance de la génétique

10- Fille qui demande de l'attention
11-Mon beau-frère TDA à 50 ans
12-Fécondation in vitro
13-Fille dans la lune
14- Mère avant tout

15- Résilience
16- Tempérament
propre

17- Facteurs de risque

18- Traits autistiques

19- Manque de fer, de vitamines, d'oméga 3
20- Alimentation et acides aminés




1- Q. S'agit-il d'une maladie, d'un désordre, d'un trouble, d'un  malaise, d'une indisposition, et comment s'y retrouver?

R. Comme le TDA/H fait partie des classifications de maladie mentale, il se situe vraiment dans un parcours qui aboutit à la maladie.
Les responsables DSM américain, suivis par le CIM, ont pris le parti de l'appellation "disorder", traduit naïvement par "trouble", un mot assez péjoratif en français. Déjà que "disorder" semblait problématique, la traduction empire le malaise. Il aurait suffit de choisir "condition", pour un moindre mal.
L'idée original semble favoriser la maladie "au présent", comme une affliction qui passe et doit se guérir ou nettement s'améliorer, malgré l'étiologie souvent neurobiologique que l'on invoque.
En comparaison de l'ancienne névrose, psychose et trouble de personnalité, il y a comme un espoir que la maladie mentale se soigne comme une allergie, un diabète, pour devenir un état, une indisposition.

2- Q. Quelle est l'implication de la maladie d'inclusion ou d'exclusion?

R. En donnant au TDA/H un statut de trouble d'exclusion, l'on se  met en position de méconnaître la plupart des situations comorbides au TDA/H, en donnant toujours priorité aux situations affectives, comme aux thèses d'attachement, d'anxiété primaire, maladie bipolaire et troubles de la personnalité.
Comme la classification CIM 10, surtout utilisée en Europe, ne permet qu'un seul diagnostic primaire, en axe 1, elle exclut d'office tous les autres. Ainsi, un trouble de conduite (ou d'opposition, d'anxiété, etc) exclut le TDA/H, alors qu'en pratique, les deux conditions sont comorbides, et il importe de traiter médicalement le déficit attentionnel, pour aussitôt améliorer nettement le comportement.
En général, les adeptes du CIM 10 considèrent le TDA/H, comme une maladie d'exclusion et en diagnostiquent peu dans leur clientèle, se basant plus ou moins sur les facteurs dits névrotiques de la famille ou de l'enfant. Le CIM conserve un lien de  parenté avec les anciennes névroses et psychoses, dans leur apriori conceptuel, voulant que la structure névrotique ou psychotique provient essentiellement de conflits ou souffrances libidinales imposées au sujet malade par son milieu affectif, les parents tutélaires.
La psychiatrie traditionnelle a un parti pris historique sur l'affectivité inconsciente, souvent au détriment de la cognitivité. Il en résulte que l'anxiété ou la dépression entraînerait le TDA/H et non l'inverse, comme l'on peut aussi le justifier, par une autre vision diagnostique.

3- Q. Comment faire la distinction entre la maladie bipolaire et le TDA/H?

R: La maladie bipolaire est une condition fort rare dans la préadolescence et un clinicien d'expérience ne verra que quelques patients sans sa carrière, comme ce garçon de 8 ans, euphorique, halluciné, prêt a s'envoler d'un 2ième plancher, avec une pseudo-cape Superman. C'est à l'adolescence que souvent, chez la fille, la crise se déclare, comme un coup de foudre dans un ciel bleu, avec ascendance familiale positive à la maladie, mais clairement identifiée, car les diagnostics ont évolué et pris du raffinement dans les dernières années.
En maladie bipolaire, l'humeur devient euphorique, pour soudainement passer au mode tristesse profonde avec idéation suicidaire, sans se relier aux conditions ambiantes, aux frustrations qui ne sont que souvenir-écran.
"Le délire de grandiosité, l'irritabilité de l'humeur souvent avec agression et auto-mutilation, la diminution du sommeil sans apparition de fatigue diurne, le discours accéléré, la fuite des idées, la distractibilité variant avec l'humeur, l'activisme focalisé sur un but, l'hypersexualité et les hallucinations auditives parfois", font partie des symptômes usuels, selon le guide diagnostic de l'American Child Academy, 2005.
En TDA/H, l'agitation se modifie en fonction des stimuli, et toute tristesse n'est qu'une manifestation d'un affaiblissement de l'estime de soi, en regard des échecs courants, autant dans les apprentissages que les relation sociales. Comme la personne fonctionne souvent en pensée magique, sans notion de temps, d'espace, ni d'anticipation de la contrainte, elle vit la structure comme une persécution constante, dirigée contre elle.
Il est rare de trouver un professionnel connaissant autant TDA/H que maladie bipolaire, surtout que certains pédopsychiatres banalisent encore le TDA/H.ou  la psychiatrie adulte néglige presque complètement le TDA/H, de plus favorisant la formation continue des généralistes dans la même direction de négation.

4- Q. Je n'arrive pas à comprendre toutes ces différences d'orientation, parmi les professionnels. La plupart du temps, nous sommes accablés, les  parents, de toutes les fautes; quand ce n'est pas un manque d'autorité, c'est au contraire la  surprotection qui serait en cause?

R. La psychologie et la psychiatrie évoluent dans un contexte historique et parfois subissent leur passé davantage qu'ils ne l'assument et le dépassent.
La psychanalyse freudienne et ses dérivés ont connu une grande popularité, dans les années 40-60, et poursuivent sur leur lancée, dans plusieurs milieux, universités, hôpitaux, corporations. La pédopsychiatrie française, en particulier, est l'enfant naturel de la psychanalyse et demeure encore sous son contrôle idéologique, en bonne partie, parfois sous des couvertures similaires, comme la carence affective.
Ainsi, au lieu d'observer un comportement, purement et simplement, comme le souhaite l'approche DSM IV, le thérapeute interprète d'emblée, sur l'hypothèse de l'inconscient et de ses corollaires habituels, la phase orale, anale et oedipienne.
Pour expliquer la maladie, telle la névrose, Freud postulait le refoulement des pulsions sexuelles et agressives, en conflit avec le surmoi. Dans cet ordre d'idées, l'on peut affirmer que l'agitation est la manifestation anxieuse d'un conflit invisible: besoin d'autonomie de l'enfant butant sur la protection parentale, angoisse de séparation découlant de la carence affective, anxiété secondaire au manque de structures éducatives.
Chez l'adulte, l'interprétation doit se confirmer, au moins partiellement, dans la  réaction du patient qui a le choix final soit de payer la note soit de rompre la relation,  mais l'enfant n'a pas la maturité cognitive et affective de réagir, et toute interprétation est une bouteille à la mer qui peut devenir facilement abusive.
Le propre de l'approche inconsciente, c'est la négligence totale de l'enfant biologique, autant de ses forces que ses faiblesse, n'étant qu'une matrice projective du fantasme parental.

5- Q. Nous avons un fils unique de 8 ans et craignons maintenant d'avoir un autre enfant. Que peut-on faire alors pour se protéger des risques du TDA/H?  Une jeune mère

R. Curieusement, c'est le fils aîné de la fratrie qui semble le plus exposé aux risques du TDA/H, comme si le système immunitaire de la mère s'adaptait progressivement aux antigènes paternels, à travers la multiplicité de ses grossesses, si l'on exclut les facteurs les plus invasifs, comme l'incompatibilité RH qui augmente avec toute nouvelle exposition génique.
Ce sont alors les conditions de vie gestationnelle qu'il faudra surveiller, du moins pour améliorer ses chances sur les lois rigides de la génétique. Les facteurs les plus négligés sont étonnamment les plus simples: alimentation saine (sans sucres raffinés, ni alcool), activités physiques obligatoires et raisonnables puis surveillance des maladies métaboliques courantes, tel le diabète. L'activité physique stimule la compétence hormonale et rend l'insuline plus efficace.
Le poids de gestation ne devrait pas trop dépasser les 10-12 kg, sans menacer la fonction pancréatique (diabète) ou rénale (pré/éclampsie) et favoriser alors la macrosomie (foetus > 8 lbs), avec une délivrance plus aléatoire.

6- Q: Nous demeurons en région éloignée et avons peu de ressources professionnelles, en dehors de notre médecin généraliste. Que devons-nous entreprendre avant tout?

R: Le diagnostic et traitement médical demeurent assez simples, en regard de bien d'autres maladies. Bien que certains professionnels exigent de multiples tests, souvent dans le cadre d'une recherche, il reste que le diagnostic est clinique et dépend de l'anamnèse, de l'histoire longitudinale des manifestations et leur impact sur la vie sociale et scolaire.
Le défi des intervenants consiste à gérer des attentes réalistes, en fonction des handicaps réels, déclinés selon leur ordre de gravité. Il faut refuser de s'éparpiller dans toutes les directions. Toutes les thérapies n'ont pas le même niveau d'urgence et d'indication. Il y a des zones de maturation lente et rapide. Et des difficultés qui font partie du caractère intime TDA sans être un symptôme morbide.
Par exemple, l'enfant TDA/H n'aime pas élaborer sur ses émotions, en tout temps, d'abord parce qu'il vit le moment présent et fonctionne sur le principe du plaisir immédiat. Son temps propre sera, peut-être, celui du coucher, quand il recherche une attention et se met en mode repos, devenant alors plus accessible aux souvenirs. En regard de la socialisation, le TDA n'est pas tant asocial que malhabile à négocier l'amitié et le partage, tant il veut gagner ou modifier les règles à son avantage, pour finalement subir le rejet. S'il se retrouve seul, c'est par dépit, mais aussi pour mieux contrôler son environnement et soutenir son estime de soi.

7- Q. On me dit que mon fils de 6 ans pourrait être un peu schizophrène, parce qu'il raconte des histoires tout à fait bizarres, farfelues, sans aucun sens. Il est aussi très actif et peu attentif à nos consignes. Un père

R. L'affabulation fait régulièrement partie du TDA, mais elle n'est pas encore trop reconnue. On a longtemps pensé que l'enfant racontait les souffrances de sa vie mentale, à travers les tribulations de sa pensée, ainsi que le proposait le modèle analytique.
De manière plus prosaïque, le manque de souci pour la réalisme, par défaut de temps d'analyse, permet toutes les fantaisies, d'ailleurs vite oubliées dès que la stimulation change. Mais sur une sensation apparemment secondaire, l'enfant peut construire un récit crédible, comme soutenir être battu, même agressé sexuellement, dans un langage magico-concret que l'intervenant avisé doit pouvoir décoder, selon les contextes.
Le traitement médical, usuel, du TDA peut faire miracle dans cette condition.
La schizophrénie n'est pas une maladie d'enfance, mais du jeune âge adulte, avec une tendance dégénérative fluctuante, possiblement auto-immune, comme la sclérose en plaques.

8- Q. Ma fille de 16 ans a reçu le diagnostic de borderline, après plusieurs entrevues d'évaluation. Elle est très impulsive et rebelle face à l'autorité. Quel est le sens de cette maladie? Une mère de Bretagne

R. Cette terminologie nous est héritée de la psychanalyse qui avait classifié les maladies nerveuses, selon deux axes principaux, la  structure névrotique et psychotique, sur la thèse du conflit  inconscient. Helene Deutsch avait introduit la personnalité "as if", y incluant la personnalité narcissique que la psychiatrie, ne sachant quoi faire, récupère dans son langage.
Comme la psychologie cognitive n'existait pas alors, que le concept même du déficit attentionnel devra attendre l'initiative de Virginia Douglas, dans les année 80, pour redéfinir l'hyperactivité traditionnelle, que la psychiatrie contemporaine n'a pas toujours bien intégré le TDA/H, dans ses diagnostics différentiels, il s'ensuit que la personnalité borderline fait davantage partie de l'histoire que de l'avenir de la psychiatrie, autant chez l'enfant, l'adolescent que l'adulte.
La définition la plus courante recoupe les même points que le TDA, soit manque d'organisation temporo-spatiale, impulsivité, égocentrisme, en fonction du plaisir immédiat, faute d'attention soutenue dans les tâches et routines..
Il y a lieu de différencier de la personnalité dysthymique, véritable personnalité prémorbide de la maladie bipolaire, sans jamais devenir floride.

9- Q. Quelle serait l'importance de la génétique, dans les causes du TDA/H? Le père se reconnaît facilement dans son fils, surtout dans son jeune âge.  Mère et épouse

R. En toile de fond, la génétique a une importance générale et même déterminante dans l'organisation du système immunitaire. Mais on peut difficilement oublier les facteurs plus immédiats, comme les conditions de gestation, les maladies métaboliques, les styles de vie.
La génétique a fait peu de percées majeures à date et sert facilement de projection à l'ignorance des causalités. Bien que l'on s'appuie sur la prévalence accrue du TDA/H, dans la gémellité monozygote, (autour de 50%), "twin studies, while very important, are clouded by the fact that the environment is more similar for monozigotic than for dizigotic twins", G.Weiss, pp 550. Child and Adolescent Psychiatry Textbook.
Dans la plupart des maladies, sauf auto-immunes, le ratio du masculin/féminin se situe dans un rapport 4:1, soutenant la thèse que l'embryogénèse du foetus mâle serait plus complexe et risquée que celle de la fille.

10- Q. Ma fille de 10 ans ne cesse de demander de l'attention, même au dépend de son frère. Si l'on ne s'occupe pas d'elle, elle fait une crise. Manque-t-elle à ce point d'affection ou risque-t-elle de souffrir de carence affective, comme dit mon thérapeute? Mère inquiète

R. L'enfant TDA ne peut situer ses limites dans le temps et l'espace et demande spontanément l'impossible, dans le mode pensée magico-concrète. Généralement, il tend à se comparer et se penser moins bon, moins chanceux, car il oublie ce qu'il possède, pour vouloir une nouveauté, une nouvelle marque d'affection.
Quand l'on applique aveuglément la thèse de la carence affective aux enfants TDA/H, l'on commet une grande injustice sur le dos des parents tutélaires, devant subir la projection subjective, fantaisiste, souvent même affabulée, mais toujours négative.
De la carence affective, l'on conclut ensuite aux troubles de l'attachement, devenus un vaste magma de tout de qui fonctionne un peu mal.

11- Q. Mon beau-frère est revenu vivre chez ses parents à l'âge de 50 ans. Ses trois derniers emplois n'ont duré que deux semaines chacun. À 7-8 ans il avait été diagnostiqué dyslexique. Suite à un week-end où nous avons beaucoup parlé de TDAH adulte, il a compris beaucoup de choses et m'a demandé de vous contacter. Il serait prêt pour faire une démarche diagnostique.  Une belle-soeur soucieuse

R. Avec l'âge, surtout la cinquantaine, les capacités d'introspection et d'auto-observation s'installent et permettent de mieux réguler les émotions qui se sont également apaisées avec les années. Une thérapie psychologique d'introspection paraît très indiquée, même de type analytique. Mais mise à jour dans ses a priori, à savoir désempêtrée de ses vieilles fixations conceptuelles, comme les phases orale, anale, phallique et oedipienne, pour ne conserver que  l'essence thérapeutique qui est l'histoire du patient inscrite dans une relation transférentielle, intimiste et évolutive.
A minima, un tutorat professionnel rendra de grands services.
La personne TDA aura aussi développé ses moyens de compensation, devenus seconde nature, depuis de nombreuses années, parfois similaires ou comparables aux troubles obsessifs compulsifs.
L'usage de la médication devient plus aléatoire avec l'âge, en regard de son impact sur la condition cardio-vasculaire, comme l'hypertension, et exige le suivi d'experts avertis. Les gens TDA ne sont pas couramment en bonne santé, souvent fumeurs, mangeurs, épicuriens, sans trop de soucis du lendemain.

12- Q. J'ai lu sur votre site, dans le diaporama que les FIV (fécondation in vitro) étaient dans les "conditions à risque" du TDAH. D'ou vient cette info? Existe t-il des études parues sur ce sujet? Ou se renseigner? L'ICSI (injection du spermatozoïde dans l'ovule) serait-il un facteur aggravant? Je vous remercie d'avance pour votre réponse. +Slts.

R. L'immunologie fondamentale et l'immunopathologie soutiennent que les phénomènes de rejet mère-père ou ensuite mère-foetus sont à l'origine d'un grande partie des problèmes d'infertilité, de la fécondation ovulaire, de la nidation foetale, à la poursuite sereine de la gestation, expliquant d'ailleurs le grand nombre d'avortements spontanés, de la prématurité comme des grands malaises de grossesse (vomissements coercitifs, contractions, hémorragies).
Le désir médical de contourner un obstacle de cette nature a son mérite, mais aussi ses risques, car même en forçant la nature à la fécondation par divers moyens, les phénomènes de rejet restent encore aussi actifs et efficaces.
Il ne faut pas espérer de grandes statistiques sur un sujet aussi récent et périlleux.

13- Q . Ma fille de 7 ans serait très souvent dans la lune, depuis le début de sa scolarité; elle n’écouterait  ni n’exécuterait toujours les consignes d’un travail, « même si elle est assise en avant de sa classe ».  Elle se distrait dès que quelqu'un parle ou bouge. Il faut lui expliquer en seule à seule et encore, elle ne comprend pas toujours. "Elle décode bien les mots en lisant, mais ne comprend pas ce qu'elle lit",  selon le prof. Les notes sont toutes mauvaises, malgré un QI dans la moyenne. À la maison, elle suit les routines courantes,  mais elle oublie souvent la directive qu'il faut rappeler une ou deux fois. Elle aime les activités sportives et se fait facilement des amis.
À quel moment doit-on consulter un médecin? Une mère qui était aussi lunatique

Dans l'ensemble, l'on pourrait départager les TDA/H en trois catégories principales.
Un premier tiers d'enfants présentent des difficultés attentionnelles qui sont légères ou largement compensés par les talents d'apprentissage; ils ne sont donc pas en échecs éminents, même au niveau social, et auront assez peu besoin de la médicalisation, mais pourront profiter d'un meilleur encadrement et compréhension de leur état.
Un second tiers se dirigent vers l'échec dans plusieurs domaines et tous les efforts entrepris ne donnent aucun résultat satisfaisant et constant, bien que périodiquement, acculés au pied du mur, des efforts de dernière heure sauvent la mise. Une indication relative de médication doit faire partie des outils disponibles, d'autant que les années suivantes, les matières scolaires évoluent vers une grande abstraction et capacité de raisonnement.
Le dernier tiers comprend les situations d'échec tant au niveau scolaire que sociale et ne laissent espérer aucune amélioration par la seule pédagogie. La médicalisation semble alors nécessaire, voire indispensable.
Chez la fille davantage que le garçon, le TDA sans hyperactivité ni opposition se présente régulièrement, mais reste ignoré, car l'enfant, plus intériorisé, se fait oublié ou ira en thérapie psychodynamique pour son estime de soi, ses peurs, ses anxiétés.

14- Q. L'on me dit que les enfants ont besoin de leur mère avant tout, alors que le père demande une garde partagée depuis des mois. Mes deux enfants, 3 et 5 ans, semblent déranger par les va et vient des visites, même aux deux WE,  surtout le fils un peu rebelle.  Que faire? Mère anxieuse

R. La garde partagée est un droit fondamental qui devrait s'imposer d'emblée, à moins d'incompétence avérée de l'un des parents. Car chaque parent doit apprendre à devenir compétent, par un contact régulier et constant avec le bambin. Aucune lecture, aucun manuel ne dicteront jamais la conduite à suivre, dans l'éducation familiale, où la créativité, la motivation, le dévouement font cause commune et évoluent dans le temps, selon les situations.
Quand certains conseillers familiaux tonitruent sur les complexes maternels du père qui demande une équivalence temporelle avec sa progéniture, l'on croit revenir au Moyen Âge de la psychologie tribale. Ils s'appuient sur des perversions des théories de l'attachement, établissant la mère en pôle unique, comme chez les animaux.
Un centre hospitalier portera le nom extravagant de "Centre mère-enfant", comme si le père n'était que l'étranger, à l'exemple de ces tributs des Mosos chinois, où le père ne faisait qu'arroser la mère, une seule nuit de son passage sans nul droit ultérieur.
À l'évidence, l'on semble négliger que chaque enfant aura un tortueux périple dans les vingt premières années de sa vie où ses besoins seront multiformes et les protections jamais assez grandes. L'on ne peut nier que la mère a un instinct indiscutable dans les soins primaires de son rejeton, mais parfois une discipline plus discutable, alors que le contraire prévaut pour le père, fort en discipline, mais plus faible en instinct. Le garçon rebelle doit parfois craindre et c'est un peu dans le ton de la voix, l'attitude plus agressive et impulsive du père qu'il rencontre la limite ultime.

15- Q. J'ai lu au sujet de la résilience que plusieurs thérapeutes semblent juger très importante dans la vie de mon fils de 10 ans qui pour moi est nettement hyperactif, impulsif, intolérant à la frustration. Les conflits devraient se dissiper avec le temps,  pensent-ils?    Un père confus

R. Le concept de résilience découle de celui de l'attachement , à la fois biologique (imprégnation de Lorenz) et psychologique inconscient (Freud). Mais quand un conférencier parle de résilience, il ne remonte pas cette filière d'au moins 3-4 thèses, si savamment mélangées les unes aux autres, pour paraître une entité clinique courante.
La résilience prône la foi de l'optimisme, au sens que l'enfant s'en sortira toujours et le temps jouera en sa faveur, s'il reçoit assez d'amour pour le sécuriser, selon cette autre thèse de l'attachement sécure ou insécure.
Il n'est jamais question des difficultés proprement neuromaturationnelles, au plan simplement cognitif, attentionnel. Jamais question de l'impulsivité sociale, de l'incapacité à gérer les routines, les attentes, allant jusqu'à la dramatisation et l'affabulation. La résilience avalise la normalité cognitive comme un état de fait, toute différence provenant de l'affectivité. L'on met l'emphase sur des souffrances subjectives qui pourraient  autant faire partie de la fantaisie pure, parfois en parfaite affabulation,  fondée sur une frustration dérisoire, passée ou présente.
Cette thèse refuse, par idéologie, la prédominance des facteurs cognitivo-biologiques. Mais la question se pose: Comment construire un attachement parent-enfant, fluide, stable, évolutif, hors culpabilité, sans comprendre le tempérament propre de son enfant, mais seulement une personnalité interprétée?

16- Q. Que devrait-on entendre par tempérament propre, chez l'enfant TDA/H? Est-il si différent des autres ou le voit-on simplement avec des préjugés, à cause de son comportement si souvent négatif?  Une éducatrice

R. Les différences tempéramentales sont bien plus marquées chez les enfants TDA/H et doivent s'intégrer à la pédagogie familiale et scolaire. Tous les sens peuvent présenter une originalité qui n'est pas fortuite, mais neurosensorielle. Le goût, le toucher et le sens manuel, le sens visuel et auditif, la notion de temps et d'espace, le sens du danger et de la prudence, la notion de vérité et d'affabulation et finalement la pensée peu séquencielle méritent une réflexion poussée.
L'alimentation demande plus de souplesse, compte tenu d'une rigidité gustative, favorisant souvent les mêmes aliments; la lingerie rugueuse agace davantage, surtout avec les étiquettes, que les flanelles, les matelassés, les  survêtements ouatés, mais pour la tête, la casquette, comme une armure nécessaire.  Souvent l'habileté visuelle domine, avec la facilité et la capacité de créativité dans les dessins, les bricolages. Le temps n'existe qu'au présent immédiat, l'espace paraît illimitée. La cascade devient une seconde nature, avec tous  les dangers qu'elle présente, en grimpant et investissant la vitesse en toute activité. La vérité disparaît dans le fantaisiste, la justification et se rapproche souvent, non du mensonge planifiée, mais de l'affabulation improvisée. La pensée se complaît souvent dans le mode magico-concret, même dans la séquence temporelle où chaque instance, passé, présent, futur, vit en parallèle davantage que dans la fluidité des besoins.
Tous ces domaines sont à la fois fixées dans la biologie neurosensorielle mais aussi disponibles à la maturation, l'éducation évolutive, mais positive tant que possible,  selon qu'elle n'accuse pas mais reconnaît l'état du lieu, comme un point de départ.

17- Q- Au niveau des facteurs de risque, assez nombreux, quelles sont les priorités à connaître? Un médecin

R. La nature a bien voulu rendre la mère porteuse et lui faire la vie un peu plus difficile qu'à l'homme, lors d'une gestation. Dans son habitat, le foetus a une excellente protection de l'extérieur,  par le liquide amniotique qui protège des bruits, des coups, des stresseurs, même émotifs, car seuls ne passent les nutriments et l'oxygène par le minuscule cordon ombilical.
Mais le foetus reste vulnérable aux microphénomènes, comme les anticorps de rejet, les toxines ou encore au surplus ou au manque de nutriments essentiels.
Dans les situations courantes, de type occidentales, c'est le surplus alimentaire et le manque d'activités qui laissent le plus à désirer. En raison du stress physiologique, la gestation précipite des maladies métaboliques potentielles, comme le diabète familiale et ses variantes précliniques, telle l'hygoglycémie. La population se méfie du tabagisme, de l'alcoolisme, mais jamais suffisamment de l'embonpoint, de l'obésité, en somme de l'alimentation hyperglucidiques (sucres) ou hyperlipidiques (graisses) ou du manque d'activités qui ralentit l'efficacité de l'insuline même. L'hyperglycémie serait en soi toxique, selon les experts. La macrosomie (nouveau-né à plus de 3,65 kl ou  8 lb) est un risque vraiment inutile, puisqu'il signifie une possibilité d'éclampsie, de travail laborieux et prolongée, de césarienne souvent tardive, pour la mère et d'une souffrance foetale au nouveau-né.

Le suivi médical doit offrir encadrement et guidance nécessaires qui n'ont plus rien du paternalisme, à l'exemple de celui qui disait, "Ma petite dame, vous mangez tout ce qui vous plaît, pendant votre grossesse", et la dame grossit de 36 kl (80 lbs), en abusant de la crème glacée pendant 9 mois, engendrant un rejeton de 4.5 kl (10 lbs), avec mult complications néonatales et TDAH sévère. Cette tendance à la sucrerie raffinée met en évidence une hypoglycémie souvent silencieuse en temps normal et précurseur du diabète gestationnel, type 2.

18- Q- Comment peut-on introduire le trait autistique dans le déficit attentionnel? Je pensais qu'il s'agissait d'une condition neurologique sévère, irréductible.  Une travailleuse sociale

R. Quand il est question de l 'autisme, les conditions les plus typiques ou extrêmes font la manchette, mais il y a une multitude de traits autistes minimaux qui coexistent en tant que facteurs comorbides au TAD/H, même si certains théoriciens iront défendre que les dispositions génétiques sont fondamentalement différentes dans chaque pathologie.
En ciblant mieux un trait autiste, il devient plus facile d'identifier la solution, sans se perdre dans des interprétations inutiles. Ces enfants sont en danger d'abus, par les pairs souvent ou les adultes opportunistes, prédateurs. Quand l'enfant s'isole, non par dépit d'avoir perdu ou contrôlé son entourage,  mais par simple attrait du vide sensoriel, la question se pose. En général s'accompagnant d'une grande passivité ou manque d'initiative. Si un enfant s'autostimule, se mutile ou blesse sans motif apparent,  il n'a pas lieu de faire "du reflet" rogérien ou de l'envoyer simplement dans sa chambre, mais d'agir promptement, en structurant activement son temps et son espace, avec fermeté, comme les approches TEACH le proposent.

19- Q. Peut-on penser à un manque de vitamines, de fer, d'omega-3 dans la causalité du TDA/H?

R.
Il pourrait bien s'agir davantage d'une conséquence que d'une cause étiologique. Car avec ou sans médication, l'alimentation de cet enfant restera souvent aléatoire. Récemment, l'on rencontrait un enfant de 2 ans, en anémie ferriprive, pc ses parents, devant son opposition constante aux repas, le mettaient en réflexion si souvent qu'il ne mangeait plus convenablement et l'amenaient insidieusement en dénutrition sans le constater avant l'avis du médecin.
Cet enfant avait des goûts personnels, des fixations alimentaires, difficiles à vivre autour du repas familial. Soit qu'il ne prenne pas le temps de goûter et développer sa variété alimentaire soit que sa gustation soit altérée pas des papilles gustatives immatures, dans leur appréciation et fonctionnement.
Voir http://www.deficitattention.info/sens.html
La maturité neurosensorielle des sens n'est pas uniforme et tout en progressant grâce à l'éducation, l'on se doit de respecter un certain rythme évolutif. Et ce jeune garçon de 2 ans, grâce à un système de bonification et une graduation dans les diversités alimentaires (allant doucement du connu à l'inconnu à travers les même produits), a pu rapidement développer de nouvelle habitudes que la punition ne pouvait permettre sans l'enfoncer dans le négativisme.
Avec une médication TDA/H qui altère l'appétit, il faut surveiller l'alimentation et l'enrichir au besoin de suppléments vitaminiques, sachant que l'enfant, non seulement conservera ses particularités ou fixations gustatives, mais ne mangera presque jamais en dehors du matin et du soir, plage encore plus longue avec la libération prolongée de 10-12 heures. De plus avec des tendances hypoglycémiques (si diabète familial au niveau tant paternel que maternel), il y a compulsion dans l'usage du sucre raffiné au lieu de se bien nourrir, aggravant un peu plus la malnutrition, l'hypovitaminose, l'anémie.
S'il y a un lien entre fer, oméga, vitamines et TDA/H, il paraît bien davantage postérieur qu'antérieur.

20- Q- Quel serait le rôle du manque des acides aminés alimentaires, dans la formation des neurotransmetteurs dopaminergiques?  Une mère qui veut approfondir.

Cette hypothèse
s'appuie sur la thèse,  non-validée, du déficit de neurotransmetteurs surtout dopaminergiques, dans le TDA/H, en raison de l'efficacité connue (et relative) des molécules dopaminergiques, comme le méthylphénidate. Mais il n'y a encore aucun test sanguin, à ce jour, qui puisse détecter un déficit dopaminergique.
Il se pourrait aussi bien, et peut-être davantage (selon la manière de concevoir l'étiopathologie) que le patient TDA/H produit autant de tramsmetteurs dopaminergiques que toute autre personne, mais son organisme en exigerait un surplus, pour actualiser son attention, soit étant insensible à son propre produit endogène soit ayant des zones de dysfonctionnements temporaires ou prolongés qui en exigent une dose supplémentaire, (même phénomène dans le diabète insulino-résistant).

CJ

 

 


Claude Jolicoeur, m.d.
2005