Maladie bipolaire et déficit de l'attention
Description générale:
Les émotions peuvent varier soudainement, à la fois sans le moindre avertissement ni provocation ou frustration immédiate, passant de la normalité à l’extrême agitation euphorique puis à la plus grande tristesse, démotivation ou perte d’intérêt, par l'intermédiaire d'un faible frustration. D’autres fois se maintenir, sans raisons plausibles (parfois en fonction de saisons peu lumineuses) en phase dépressive, sur de longues périodes, avec pensées ou menaces suicidaires. C’est avant tout l’intensité et la charge émotive qui inquiète la personne et son entourage; chacun incapable de comprendre une telle intensité de réactions.
Il se produira ainsi une explosion subite d’agressivité ou d'agitation, survenant à la manière d’un coup de foudre dans un ciel presque sans nuages ou une grande tristesse conduisant subitement à des idées suicidaires. Les frustrations, les pertes ou échecs sont moins de vraies causes que des facteurs associés, des déclencheurs secondaires, presque des alibi à la crise. La réaction émotive n’a aucune mesure avec le problème. Les sentiments de persécution seront souvent assez présents; ils s'accompagnent soit de volonté d'omnipuissance soit de désir d'anéantissement. L'hallucination visuelle ou auditive ne sera pas rare. Généralement la performance académique sera assez exemplaire et stable (en dehors des phases aiguës) s'il n'y a pas présence concomitante d'un déficit de l'attention que la maladie bipolaire cohabite dans 3 à 17% des enfants.
Origine génétique:
Le degré de concordance pourrait atteindre 50% dans la gémellité. Mais il semble que la fille devienne plus susceptible à la dépression, dès l'adolescence, à la puberté, en raison des hormones sexuelles féminines qui fragilisent son humeur et créent parfois le syndrome dépressif prémenstruel. L'on rapporte que certaines femmes seraient plus dépressives de la puberté à la ménopause.
Diagnostic différentiel:
L'incidence de la maladie demeure très faible en bas âge et passe généralement inaperçue. Elle s'élève à l'adolescence, surtout chez la fille. Mais il s'agit quant même d'une maladie rare qui devient presque à la mode, parce qu'elle reçoit beaucoup de médiatisation médicale, vu les récents progrès qui touchent les maladies bipolaires (maniaco-dépression) et la dysthymie (dépression unipolaire). Dès qu'il y a les "blues" ou le mal être de l'adolescence, il y a danger de croire au pire. Il ne faut pourtant pas oublier les autres possibilités, les plus courantes entre autres, comme le déficit de l'attention qui atteint son apogée de difficultés à cet âge, même dans la douance. Il n'est plus possible de compenser par les talents naturels; les défis deviennent considérables quand il faut décider de son avenir et développer une grande autonomie, sans grande capacité de planification, d'anticipation.
Les échecs apparaissent en cascades, détruisent l'estime de soi et entraînent la dépression situationnelle. Il faut retenir que les engouements ou pertes d'estime de soi du déficit de l'attention se relient, dans l'immédiat, à la frustration mal anticipée et à l'échec réel alors que dans la maladie bipolaire l'émotion extrême, positive ou négative, origine des fluctuations hormonales ou des contrôles génétiques de l'humeur. #9;
La reconnaissance de conditions cognitives comme le déficit de l'attention nous éclaire sur les causes possibles de la dépression.
Classification officielle du DSM IV (Diagnostical
and Statistical Manual of Mental Disorders, 1995), qui ne tient pas compte,
malheureusement du diagnostic différentiel des troubles attentionnels avec les
multiples variantes, dont la pauvreté de l'estime de soi. Surtout en application
chez l'adulte.
1- Dépression majeure : Épisode dépressif
unique ou récurrent.
. Prévalence: Vie entière®
population générale: 15%, dont 25% chez les femmes
. Sexe: 2 fois plus de femmes.
. Âge: Moyenne de 40 ans, rarement dans lenfance ou la
vieillesse, mais les 20-30 ans monopolisent 50% des afflictions;
.Étiologie: Possiblement héréditaire avec association
psychosociale.
N.B.: Tendance actuelle à observer une augmentation en bas de 20
ans.
Synonyme: Dépression unipolaire. (non DSM 1V).
Variantes mineures:
1- dysthymie: moins sévère, mais
souvent chronique; ancienne névrose dépressive.
2- dépression mineure: récurrente
brève. Dysphorie prémenstruelle.
2- Maladie bipolaire
- type 1:
Épisodes maniaco-dépressifs ou manie seulement.
. Prévalence: vie entière, population générale: 1%.
. Aussi fréquent chez lhomme que la femme.
. Âge: De lenfance à la cinquantaine, aussi tôt que 5-6
ans, mais moyenne de 30 ans.
Variantes:
1- Personnalité cyclothymique, moins sévère.
2- "Cycleur
rapide".
- type 2: Épisodes dépressifs
majeurs récurrents avec hypomanie
(nouveau diagnostic DSM
1V).
. Prévalence: Encore mal connue
. Âge: Généralement plus précoce que maladie bipolaire type 1.
. Gravité: Pensées morbides, suicidaires plus fréquentes que les autres classes
. Étiologie: Possiblement héréditaire, mais différente de
Bipolaire 1.
Critères Diagnostic:
. Présence dune/plusieurs épisodes antérieures de
dépression et dhypomanie.
. Absence de manie franche ou de grande agitation.
. Perturbations sérieuses des conditions de vie usuelles.
Commentaires:
Les troubles de l’humeur devraient se distinguer nettement des problèmes neuro-maturationnels, et se concentrer sur la difficulté interne et endogène de régulariser ses émotions, sans rapport intime et absolu avec la réalité externe, qui représente alors un facteur plutôt secondaire ou un déclencheur de crise. Plus l’enfant sera jeune, plus il deviendra difficile de faire un diagnostic.
Les antécédents familiaux de première génération sont importants.
En réalité, la classification DSM IV n'est pas évidente, encore moins chez
l'adolescent que l'adulte. Il faut finalement surveiller l'apparition soudaine
d'un comportement soit euphorique soit ralenti et inhibé, hors de l'ordinaire,
avec modification du sensorium (hallucinations auditives) et du jugement de
réalité, comme dans l'idéation paranoïde,
suicidaire.
N.B.: Pour certaines personnes, l’absence suffisante de lumière vive favorise la dépression, par défaut de formation suffisante de la mélatonine, sous-produit de la sérotonine, qui se retrouve dans quelques aliments, tels l’avocat, la banane et la noix.
L'on parle alors de dépression saisonnière.
Conduite à suivre:
Il n’est pas toujours impératif de débuter un traitement contre la dépression ou l’agitation dans le jeune âge, compte tenu de la maturation en cours. Tout dépend en somme de la gravité des symptômes. L’agitation qui s’accompagne d’un délire de toute-puissance, comme la conviction de voler " à la Superman"
ou la persistance d'idéation suicidaire avec ralentissement psychomoteur mérite
une hospitalisation et une cure biologique immédiate. Toute idée délirante,
surtout d’influence ou tout type d'hallucinations augmente rapidement le degré
de dangerosité, en détruisant les ressources personnelles d'autocritique et de
contrôle de soi.
Claude Jolicoeur, pédopsychiatre,
Montréal, 1996-2000
©