La mémoire de travail
dans le déficit de l’attention
"Tête de linotte", s'exclame cet enfant de 8 ans, en se frappant la tête sur le mur, à deux reprises. "Pas moyens de rien retenir", malgré son intense motivation de réussir. Lui qui pourtant peut si bien s'améliorer dans le sport comme le hockey, la balle, ne peut pas se souvenir le lendemain de ce qu'il apprend la veille quand il s'agit de grammaire, de table à calculs, de nouveaux mots.
La neuropsychologie parle de mémoire de travail, au niveau des fonctions exécutives du cerveau, sorte de comité d'exécution des tâches, là où l'information se range selon la notion de temps et d'espace. En sous-traitance, la mémoire de travail accomplit pour de vrai. C'est la mémoire à court terme, celle qui permet de composer un nouveau numéro de téléphone d'au moins sept chiffres, de conduire sa voiture en tenant compte de multiples éléments variables de l'environnement, au policier d'utiliser son arme à propos, au marin de naviguer sans encombre, au chirurgien de pratiquer la juste opération, à toute personne de donner priorité à la figure sur le fond, sans toutefois l'oublier. Elle permet de préparer le repas, en ne faisant pas "cuire le steak avant les légumes," comme une dame de 35 ans pouvait encore le faire au grand étonnement du mari pour une femme qui avait terminé un doctorat de littérature et enseignait couramment avec succès. Ou ce professionnel qui préparait ses dossiers comme "un bélier mécanique", qui avance lentement et détruit sûrement l'adversaire, mais se trouvait démuni devant un imprévu. En premier, la mémoire gère mal et en second elle gère trop par compensation.
Dans les difficultés de l'attention, cette mémoire demeure la plus affectée et la plus améliorée par une bonne technique d'encadrement et la médication au besoin. On sait que les stimuli périphériques prennent trop d'importance, au détriment du stimulus central. Une sorte de cacophonie où la mélodie se confond aux bruits. Alors il faut favoriser la fixation visuelle dans la discussion ou l'apaisement sonore dans l'apprentissage. Rarement se soucie-t-on de mieux insonoriser les pièces de classe? Aura-t-on vu même une classe spéciale, dans une espace fermé, enkystée au centre de locaux généraux?
Pour bien fonctionner, la mémoire doit travailler assez lentement, rouler en première vitesse, faire du ralenti, du retour sur image, comme on peut l'exécuter sur le magnétoscope. Rouler à 100 kl/heure dans un village ne permet pas de voir ses maisons, encore moins ses habitants. Il faut revenir et prendre son temps, créer des étapes artificielles, pour cadencer son rythme. Dans le déficit, même sélectif de l'attention, il y a accélération de la pensée, et incapacité d'organiser le temps en mesures. La fin survient avant le début, la réponse avant la question. Toute technique qui favorise ce ralentissement pourra profiter aux apprentissages et au meilleur fonctionnement de la mémoire de travail.
Dr Claude Jolicoeur, pédopsychiatre
Montréal, octobre 1999.