Mes Expériences avec les problèmes sensoriels: la pensée visuelle et les
difficultés de la communication
(titre d'origine: My Experiences with Visual Thinking Sensory Problems
and Communications Difficulties. Disponible sur le WEB) par Temple Grandin, Ph.D.,
Professeur auxiliaire, Université de l'État du Colorado, Fort Collins, CO 80526 USA.
Les
expériences tactilesLes problèmes tactiles de l'autiste
Je me sauvais quand les gens tentaient de m'étreindre, parce que l'étreinte
provoquait une énorme vague de stimulation à travers tout mon corps. Je voulais bien me
sentir réconforter physiquement, mais dès que quelqu'un me tenait, mon système nerveux
me submergeait. C'était une approche à éviter absolument, mais la surstimulation
sensorielle entraînait l'évitement, non pas la colère ou la peur comme Riche et
Zappella (1989) le suggèrent.
Un homme autiste, interrogé par Cesaroni et Garber, disait que le toucher n'était pas
douloureux, mais accablant et bouleversant. Les petites démangeaisons et égratignures
que la plupart des gens ignorent peuvent devenir des tortures. Un jupon qui frotte
devenait comme du papier de verre qui poncerait une peau mise à vif. Le lavage des
cheveux était aussi affreux. Quand ma mère me frottait les cheveux, le cuir chevelu me
faisait mal. J'avais aussi des problèmes à m'adapter aux nouveaux types de vêtements.
Il me fallait plusieurs jours pour cesser de ressentir un nouveau type de vêtement sur
mon corps; alors qu'une femme normale s'adapte au changement du pantalon à la robe en
cinq minutes. Même un nouveau sous-vêtement peut me causer des problèmes. J'aimais
aussi porter de longs pantalons, parce que je détestais que mes jambes se touchent l'une
et l'autre.
La thérapie sensorielle
La thérapie de l'étreinte peut devenir une technique rude et stressante de la
thérapie d'intégration sensorielle qui s'utilise souvent aux États-Unis. Les
thérapeutes ont aidé beaucoup d'enfants autistes par des applications en douceur de la
stimulation tactile et vestibulaire(Ayres 1979; Roi 1989). L'un des effets de cette
stimulation est la désensibilisation du système tactile. Ce n'est pas une cure, mais
elle a pu augmenter le langage, l'affectivité, et le contact visuel chez certains
enfants. Elle aide aussi à diminuer les comportements stéréotypés et autodestructeurs.
Les activités sensorielles doivent se faire en douceur comme des amusements et ne jamais
s'imposer de force. Les encouragements intenses et une certaine contrainte peuvent
s'utiliser, mais un bon thérapeute sait où s'arrêter, avant que la stimulation ne
devienne si accablante que l'enfant se mette à pleurer. Même les activités intrusives
peuvent demeurer des amusements. Durant ces activités, le thérapeute travaillera aussi
pour améliorer la parole et établir le contact visuel.
Ray et al.(1988) a trouvé qu'un enfant muet commencera souvent à parler pendant qu'il se
balance en chantant. Le balancement stimule le système vestibulaire et le cervelet qui
fonctionne assez mal. Le fait de tournoyer dans une chaise deux fois par semaine peut
aider à réduire l'hyperactivité (Bhatara et al. 1981); et les vibrations structurées
réduire les comportements stéréotypés (Murphy 1982). L'hypersensibilité tactile peut
se désensibiliser en caressant l'enfant avec fermeté mais douceur avec des textures
différentes de tissu (Ayres 1979). La pression doit être assez forte pour stimuler les
récepteurs profonds. Il faut éviter le toucher léger qui ne fait qu'augmenter l'éveil
et exciter le système nerveux. La stimulation sensorielle et vestibulaire a aussi un
effet bénéfique sur l'amélioration de l'affectivité et le comportement social.
La stimulation de la pression, en profondeur, calme aussi (Ayres 1979; Roi 1989). Les
thérapeutes roulent souvent les enfants dans un tapis. Beaucoup d'enfants autistiques
recherchent cette pression profonde. Beaucoup de parents m'ont dit que leurs enfants
aiment s'enfouir sous les coussins du sofa ou sous le matelas. L'application lente,
constante d'une pression me procurait un effet tranquillisant; et un mouvement soudain et
saccadé m'excitait (Grandin 1992b). Les comportements d'auto-stimulation peuvent diminuer
avec le port d'un vêtement qui applique une pression (veste proprioceptive),(McClure et
al. 1991; Zisserman 1992). De bons résultats peuvent s'obtenir souvent avec moins d'une
heure par jour de traitement sensoriel. Il n'est pas nécessaire d'y passer des heures et
des heures à chaque jour. Si une méthode de traitement s'avère efficace avec un enfant
particulier, elle amènera cette amélioration avec des efforts raisonnables.
L'efficacité du traitement sensoriel variera d'un enfant à un autre.
La recherche tactile
Les études de l'humain et de l'animal indiquent qu'une pression profonde calme et
réduit l'excitation du système nerveux. Takagi et Kobagas (1956) ont trouvé que cette
pression appliquée aux deux côtés du corps fait diminuer le métabolique de base, la
pulsation cardiaque, et le tonus musculaire. Le fait de pincer doucement la peau d'un
lapin avec des pinces bourrées entraîne un ralentissement des ondes EEG, une détente du
tonus muscle, et un effet de somnolence (Kumazawa 1963). Frotter et pincer doucement la
patte d'un chat diminuera l'activité tonique dans les noyaux dorsaux de la colonne et le
cortex somato-sensoriel, (partie du cerveau qui reçoit la sensation du toucher) (Melzack
et al. 1969).
L'appareil de mise sous pression
J'ai sollicité la stimulation de la pression, en profondeur, mais je me sauvais et me
raidissais quand ma tante obèse me prenait en étreinte. Dans mon livre (Grandin et
Scariano 1986), je décris un appareil de mise en pression que j'ai construit pour
satisfaire mon besoin irrésistible de me faire étreindre. J'ai conçu l'appareil pour
pouvoir contrôler le niveau et la durée de la pression. Une mousse caoutchoutée
enrobait l'intérieur et pouvait appliquer une pression sur une grande région de mon
corps.
Graduellement je devenais capable de tolérer l'appareil qui me pressait. Je réduisis
lentement l'hypersensibilité de mon système nerveux. Un stimulus qui avait été
accablant et répugnant devenait maintenant très agréable. L'utilisation de cet appareil
m'a permis de tolérer le toucher d'une autre personne. Comme explication partielle, une
hypersensibilité du système nerveux, empêchant un enfant autistique de recevoir la
stimulation tactile réconfortante qui accompagne l'étreinte, causerait le manque
d'empathie de l'autiste. J'ai même appris la manière de caresser le chat plus doucement,
après avoir utilisé cet appareil. FIN
Textes originaux disponibles sur Internet, à l'adresse du Center for The
Study of Autism, CA. URL: http://www.autism.org/ Traduction française autorisée par Dr
Claude Jolicoeur, pédopsychiatre, Montréal, juin 1996.