Les priorités avant tout
dans le déficit de l’attention

Rien n’appelle autant l’éparpillement et l’ambivalence que la condition du TDAH, chez les parents, les intervenants ou l’enfant lui-même. Différentes difficultés de maturation se présentent et selon les situations semblent exiger une solution immédiate. S’agit-il d’une affaire biologique ou psychologique ou sociale. Quand des professionnels de 30 ans d’expérience peuvent jurer, sur la place publique, n’avoir jamais de leur vie identifier une seule histoire de cette nature, il y a de quoi semer le doute et la confusion. Pourtant, il faudra bien vivre ces difficultés au quotidien et trouver des solutions réalistes.

La négation:
Si de nombreux intervenants se permettent la négation, le parent lui-même pourra sûrement la connaître, au premier degré. La négation permet un espoir illimité. Elle nourrit les efforts les plus insensés. Elle annule la culpabilité de revers de la main. De nombreuses théories psychologiques s’inventent pour la soutenir. Un jour, c’est l’inconscient qui contient les secrets de guérison, le lendemain, c’est la discipline qui réglera tout, quant ce n’est pas l’alimentation ou l’école, etc. La négation sert d’instrument de survie quand l’horizon se ferme. Elle s’appuie sur la pensée magique qui crée ses propres baumes.

Le chemin de Damas:
Mais de déceptions en frustrations apparaît aussi le goût de nouvelles connaissances. Livres, recherches Internet, rencontres, thérapies fourniront des matériaux de réflexions, et l’amorce d’un deuil. Que l’enfant du rêve devienne celui de la différence, pourquoi pas? Que la vie soit source de diversité, au détriment de l’uniformité! Qu’une médication soit utile, même indispensable, voilà une proposition qui choque, limite l’absolu, mais contient aussi sa part d’espoir.

Les thérapies d'accompagnement:
Il y aurait, au départ, une thérapie d'accompagnement de l'enfant et du parent, en dehors de la question médicamenteuse qui peut et doit parfois s'aborder ailleurs avec un expert médical. Chez l'enfant, un soutien psycho-dynamique peut s'intéresser d'abord au mauvais estime de soi en conséquence des échecs multiples subis au cours des années. Ensuite, l'on peut tenter des conditionnements cognitifs, afin de mieux contrôler les impulsions, sans trop d'illusions toutefois. Sans stimulation particulière du milieu naturel, la conduite varie trop pour en tirer des conclusions valables. Il faut compter ici sur la maturation en cours et permettre au temps d'agir.

L'accompagnement parental (guidance) individuel ou groupal paraît le plus essentiel, dans la mesure où les parents seront toujours les premiers interpellés et devront constamment développer de nouvelles stratégies, et au besoin se construire une psychologie adaptée aux conditions qu'ils vivent. Souvent un choix implique également un deuil, et peu d'individus en seront capables dans l'isolement, la détresse, la culpabilité. L'apport d'un groupe homogène, sous la conduite d'un thérapeute expert, entraîne des effets de synergie surprenants.

Les choix difficiles:

Dans la pratique courante, ce sont les parents les mieux informés qui profitent vraiment des services de consultation ou encore de thérapie. Parce qu'ils font des choix appropriés aux difficultés de l'enfant. Parce qu'ils ne font qu'une chose à la fois. Car le pire, dans le déficit de l'attention ou l'hyperactivité, c'est d'aller dans tous les sens et reproduire la condition de l'enfant. Mais il demeure que l'enfant hyperactif a besoin de s'occuper constamment. D'où la nécessité de choisir des activités motivantes, sans être pourtant dangereuses, comme souvent il le demande lui-même, inconscient du danger ou de son manque d'attention.
Pour l'enfant scolarisé, la priorité demeure l'apprentissage des matières courantes, comme la lecture, l'écriture, le calcul et le reste selon les talents, les circonstances. Même une surexposition davantage que le contraire comme on le voit souvent. Il n'y a pas lieu d'alléger les matières principales, mais de les choisir, les intensifier, quitte à sacrifier le secondaire.

L'exposition initiale et intense à la matière académique crée des marques, une sorte d'imprégnation, une base durable. La méthode Suzuki, en musique, ne fait qu'exposer le jeune enfant aux sons, et s'il a du talent, il apprendra davantage. Le cerveau qui a la même origine que la peau, se marque comme elle. Toujours associer le plaisir, le jeu à l'apprentissage, si possible. Jeu de rôles, jeu d'animation de lettres, de mots, de chiffres. Lecture "trouée", où une mère ingénieuse récompensait pour le mot facile, alors qu'elle disait le plus difficile. Éviter de trop exiger le soir, dans la fatigue et le manque d'attention additionnel. Travailler dans la "plage-médication", s'il y a lieu. Mais la priorité antérieure et préliminaire paraît la gestion rigoureuse du temps, qui évite les angoisses de séparation ou de transition et puis la motivation par le plaisir du moment immédiat. Même la socialisation s'améliore en autant que le TDA se traite, car attendre son tour, accepter de perdre, suivre les règles font partie des conséquences néfastes de la condition.
Rien ne sera plus déchirant que l'acceptation de la médication, aussi parfois priorité essentielle. Elle suppose un certain deuil de l'amour propre chez le parent et aussi le professionnel.

 

 

Dr Claude Jolicoeur, pédopsychiatre,
Montréal, octobre 1999.