L'usage du méthylphénidate (Biphentin®, Concerta®, Ritalin®)
dans le déficit d'attention, lhyperactivité ou lopposition
Historique:
Dans les années 30, un pédiatre américain Charles Bradley découvre, par hasard,
l'utilité d'un médicament semblable, le benzedrine, pour diminuer l'agitation d'enfants
turbulents, ayant souffert de méningite. Aujourd'hui, plus dun million d'enfants
nord-américains reçoivent ce type de médicaments, pour le traitement de certains
syndromes maturationnels, tels le déficit d'attention, l'hyperactivité, parfois même le
trouble d'opposition.
Dans les dernières 10 années, on dénombre dans le monde des centaines détudes
scientifiques concernant ces neuro-stimulants (environ 900 articles selon le Medline,
de 1983 à 1999) qui tentent de cerner et comprendre son mode d'action, ses meilleures
indications, mais aussi ses limites. Jamais l'on a tant étudié et évalué un
médicament. Cependant, son utilisation dépend en grande partie de la mentalité
scientifique. Car autant il peut se prescrire chez les médecins de formation
nord-américaine, autant son statut demeure précaire en Europe ou dans lesprit de
certains intervenants peu familiers de la neurobiologie, et qui privilégient les
hypothèses psychoaffectives du comportement.
Médicament ou drogue:
Les anti-ritalins, par idéologie, vont surtout parler de drogue, pour créer la confusion
et affaiblir le sens critique. Bien des aliments, breuvages peuvent passer d'une classe à
l'autre. Le café sert d'abord de breuvage matinal, mais devient facilement un médicament
pour soutenir la concentration ou l'éveil ou encore un stupéfiant à très forte
consommation. Le chocolat a les mêmes utilités, à travers le cacao ou son élément
actif, la théobromine. Un produit sous prescription médicale se nomme médicament et ne
devient drogue ou stupéfiant qu'avec usage abusif sans contrôle. Le mot anglais
"drug" a malheureusement, par manque de nuances, le double sens de médicament,
de drogue ou stupéfiant.
Humanité et déficit de l'attention:
Pharmacologie:
Le méthylphénidate est une phényléthylamine, avec une structure et des
propriétés pharmacologiques similaires à ceux des amphétamines, sans en être un.
Le mécanisme d'action n'est pas si bien connu, mais il affecterait les neurotransmetteurs
surtout dopaminergiques. Il
pourrait bloquer le recaptage de la dopamine et noradrénaline, au niveau du
neurone présynaptique et ainsi augmenter ces monoamines dans l'espace
extraneuronal.
Globalement, il semble stimuler la concentration, à partir d’influences
inhibitrices sur le cortex frontal, les structures striées inférieures, en particulier le noyau
accumbens (corps strié ventral) qui a de riches connections avec les structures limbiques
(hippocampus, amygdale, septum, cortex préfontal médian), et les structures motrices
comme le pallidum ventral et joue un rôle central dans l'interface de ces deux systèmes,
là où doit s'intégrer l'information sensorielle (mémoire et apprentissage) et motrice.
C'est donc un produit surtout dopaminergique, qui stimule l'action naturelle d'une
substance déjà présente dans le cerveau.
Indications thérapeutiques:
1. Le déficit d'attention:
. augmente le temps de réflexion
. améliore la concentration, la motivation, la persévérance, le sens de l'organisation
et ainsi une meilleure capacité d'anticipation
2. L'hyperactivité:
. augmente le seuil de frustration
. diminue l'agitation, l'impulsivité, l'agressivité
3. Le trouble d'opposition/conduite:
. diminue le négativisme, la tendance à l'opposition, les actions antisociales
. améliore la sociabilité
N.B: Lindication peut concerner autant la qualité de vie que la performance
scolaire, la vie familiale que sociale, le comportement que la concentration vue le peu de
nocivité et daccoutumance.
Commentaires:
Le médicament paraît améliorer, avant tout, le temps de réflexion qui manque
autant dans le déficit de l'attention, l'hyperactivité que dans le trouble d'opposition
ou de conduite, et conduit l'enfant de la pensée prélogique, magique à un mode de
pensée plus logique et réaliste, en faisant intervenir la réflexion, le temps, qui
sépare les choses les unes des autres, anticipe l'avenir, permet l'organisation de
l'activité en plusieurs étapes. Il favorise alors le sens et le jugement de réalité
par le passage, en particulier, de l'égocentrisme, très caractéristique de
l'intelligence prélogique à l'altruisme de la pensée (prendre en compte l'opinion des
autres), et aussi au raisonnement réversible de causalité, qui permet dévaluer
ses actes.
Tout ce processus permettra de réduire agressivité et impulsivité, en augmentant le
seuil de frustration, par un meilleur sens de l'organisation des horaires et des espaces
(ordre et territoire). L'on pourrait affirmer qu'il permet à la vraie personne d'exprimer
son potentiel qui autrement s'éparpille dans mille directions, sans pouvoir en choisir
aucune, ni profiter de ses talents en dormance.
Contre-indications:
A- absolues
1. Psychiatriques: l'anxiété aiguë, la dépression grave, la psychose.
2. Médicales: angine de poitrine, tachycardie, glaucome, thyrotoxicose,
allergie sévère au médicament.
B- Relatives:
1. Intolérance au lactose: la base de liaison du produit chimique
contiendrait du lactose. Ceci atteint environ 10% de la population générale, et surtout
les peuples amérindiens, asiatiques, moyen-orientaux, parfois méditerranéens, qui n'ont
pas développé l'enzyme qui dégrade le lactose. L'exposition aux produits laitiers de
type bovin, dans les derniers milles ans, en Occident, entraîne la création d'un gène
transmissible qui permet la digestion du lactose. Par défaut, l'on doit simplement
ajouter du "lactaid", à l'alimentation. Le principal malaise consiste en maux
de ventre qui se prolongent dans la journée.
2. le Gilles de la Tourette ou les tics passagers. Ici, c'est la
règle de l'essai-erreur qui est la plus pratique et utile. Il serait impensable
de croire que les tics se produisent par le seul effet du médicament qui ne peut au plus
qu'actualiser un potentiel de tics. Il s'agit donc là d'une tolérance individuelle.
Parfois la médication se tolère parfaitement avec de fortes doses comme d'autres fois
elle aggrave rapidement l'intensité des tics avec de faibles doses. La situation demeure
toutefois réversible. Il s'agit d'un jugement clinique que de savoir si la médication
doit continuer malgré la présence de tics mineurs. Si les avantages dépassent largement
les ennuis de ces tics, il serait mal venu de l'interrompre. Compte tenu qu'il s'agit
d'une dynamique de maturation neuro-cérébrale, l'on doit s'attendre à retrouver plus de
tics dans l'hyperactivité et ses variantes que dans des conditions purement
psycho-affectives. Le syndrome Gilles de la Tourette se dit souvent, à tord, pour tout ce
qui touche les tics, mais devrait se réserver seulement aux tics sévères et persistants
avec composantes mixtes, à la fois vocales et motrices. La plupart des autres tics
resteront passagers et intermittents.
3. L'épilepsie: en théorie, un neuro-stimulant paraît mal indiqué
dans cette maladie, par crainte de stimuler la zone fragile ou lésée du cerveau. Mais la
pratique ne confirme pas la théorie. De plus, une bonne diminution de l'agressivité, de
l'impulsivité ou de l'agitation diminue d'autant les facteurs de stress, souvent
déclencheurs des crises. Chaque situation doit s'étudier à part, avec ses propres
essais thérapeutiques. Les effets secondaires seront plus imprévisibles et les
médications plus difficiles d'ajustement, quand s'ajoutent d'autres pathologies de ce
type. Il faut précéder prudemment et lentement.
Interaction médicamenteuse:
. Vasopresseurs, inhibiteurs de monoamine oxydase, anticoagulants, anticonvulsivants,
hypotenseurs. En tant que neuro-stimulant dopaminergique, le ritalin fonctionne dans le
même sens que les décongestionnants sinusaux ou nasaux, certains médicaments
antiasthmatiques, la caféine (café), la théine (thé), la théobromine (chocolat du
cacao). Il potentialise donc leurs effets et peut alors favoriser la surexcitation.
Présentation:
1. Courte durée Ritalin®(3 à 5 heures), Novartis: 10 mg, bleu pâle ou 20 mg. jaune
pâle; pharmascience: 10 mg, bleu ou 20 mg, jaune. Prise: 15-20 minutes avant le repas.
2. Longue durée: Ritalin 20 mg SR® (sustained reaction), action
prolongée de 7 à 8 heures, comprimé blanc, non sécable. Ne pas croquer. Mais on
pourrait, curieusement, le couper en deux et créer une demi-dose qui fonctionne en longue
action. Libération 10-12 heures: Ritalin LA®, Concerta®, Biphentin®
Mise au point sur l'action retard:
Pendant longtemps, l'on croyait que la médication retard manquait d'efficacité en regard
du produit courte action. Pourtant, à l'essai, cette croyance n'est pas évidente et
maintenant, les auteur(e)s commencent à corriger cette idée. Dans la pratique, l'action
retard a une durée en plateau sur 7-8 heures d'affilée, se terminant vers 14-15 hre,
s'il se donne vers 7-8 hres. Dans le court terme, le médicament se donne en 2 temps, en
début de matinée et d'après-midi, couvrant environ 3½ hres, mais non la fin de
matinée. Que l'enfant soit mal concentré à ce moment-là passe pour de la fatigue, de
la faim, de l'excitabilité plutôt normale. Le produit longue action contient la même
molécule chimique, mais en double enrobage distinct, permettant au noyau intérieur de se
dégrader environ 4 heures plus tard. Son usage demeure très pratique et convivial,
surtout à l'adolescence où le négativisme entraîne des abandons un peu précoces. Il
n'empêche qu'à l'occasion, mais rarement, ce produit se tolère plutôt mal et qu'il
faille en rester à la dégradation rapide.
Posologie: 0,3 mg/kg à 1 mg/kg. En général, la dose d'entretien pour les 6-12
ans se situe entre 10-20 mg, environ 0,5 à 0,8 mg/kg.
Bilan médical recommandé : ECG, formule sanguine, examen urinaire (bilan annuel). Aux 6
mois : poids, taille, pouls et tension artérielle.
N.B: Toutefois, pour la prise elle-même de médication, le parent ou substitut ne doit
pas compter sur l'enfant lui-même, compte tenu de son manque chronique d'attention.
Effets secondaires habituels:
. Légère perte d'appétit (le midi, en particulier pour laction prolongée).
Petit retard à l'endormissement; humeur parfois labile (variable). Céphalées
occasionnelles, en début du traitement en fonction du dosage. Toute incidence sur la
croissance ne serait que fortuite. En surdose (qui varie selon lâge), il provoque
surtout de lagitation. La dexedrine remplace efficacement le méthylphénidate,
surtout s'il provoque trop d'effets secondaires, comme la migraine (qui a souvent une
histoire familiale). Il s'agit d'un second choix, seulement, prescrit dans 10% des
situations. Ce dernier aura plus d'effets négatifs sur l'appétit et le sommeil, en même
temps qu'il sera plus difficile à discontinuer, sans recourir à des paliers de
rétrogradation.
N.B
: Certains enfants ou individus seront plus sensibles que d'autres et pourront se plaindre de divers effets désagréables persistants. Il convient toujours de commencer ou cesser lentement, sur une période de 1 à 2 semaines, pour permettre l'adaptation de l'organisme au produit étranger. Les cellules du cerveau ont nul doute une mémoire intrinsèque. Même les arrêts temporaires de fin de semaine, dit vacances thérapeutiques, chez certains enfants, déstabilisent et rendent les lundi plus pénibles.Conclusion:
Une telle intervention s'inscrit surtout dans le processus biomaturationnel de
l'enfant qui, en même temps, reçoit une certaine dose d'encadrement capable de canaliser
ses énergies d'apprentissage, mais dans une compréhension assez large de l'éducation
où l'on associe étroitement tolérance et fermeté; où il faut s'habituer autant aux
régressions spontanées, cycliques qu'aux seuls progrès et acquis. Dans les situations
où apparaît la dépression, naturellement favorisée par la mauvaise estime de soi et
aussi les échecs, il peut devenir nécessaire d'introduire des éléments de thérapie
psycho-dynamique, à la poursuite de facteurs névrotiques (forte culpabilité) ou
déléments de support du moi, en surplus des programmes éducatifs et cognitifs.
Les conseils continus (guidance) aux parents demeurent de toute manière une affaire
essentielle.
Dr Claude Jolicoeur, pédopsychiatre,
Montréal, 1999-2007.
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