La socialisation dans le déficit de l’attention

La facilité de vivre avec les pairs fait partie intégrante de toutes les attentes. Rien n’inquiète autant que l’enfant qui refuse de jouer avec ses pairs, dans le groupe habituel et préfère s’isoler dans ses jeux, ou ses propres fantaisies comme "dans une bulle". Dans le déficit attentionnel, il faut pourtant relativer ce type de comportement avant de conclure à la dépression ou la détresse mentale.

Car il s’agit d’un enfant qui tolère généralement mal le groupe où il doit faire de multiples compromis en regard de ses désirs spontanés. Lui, il voudrait dominer, faire à sa volonté, par peur de vivre l’échec. Gagner sur le champ sans attendre son tour, sans trop suivre les règles, et au besoin les modifier. Il voudrait plutôt se précipiter alors qu’il faut prendre son temps, lui qui aime presque finir avant même le départ. Les étapes l’importunent. Sa notion de temps le poussent à croire qu’il n’y a que le moment présent qui compte. Qu’un échec devient toujours définitif et sans appel. Qu’il n’y a pas de lendemain réparateur et plein de chance.

Lorsque le déficit de l’attention exige une médication, par exemple, il est suffisamment sévère pour affecter la socialisation. Même si le comportement s’améliore avec le groupe, il demeure que l’enfant doit fournir un maximum d’efforts pour contrôler ses impulsions. Il fatiguera plus vite et devra se reposer dans la solitude de ses fantaisies ou l’intimité de ses jeux. Il n’y a donc pas toujours lieu de le forcer, sans réfléchir, à la vie de groupe, si des alternatives éducatives paraissent possibles en retrait.

D’autant plus que cet enfant reste hypersensible aux stimuli et, par instinct, demande un certain degré de vide sensoriel que la solitude apporte quoique tout à la fois il cherche les actions d’intensité.

Cet enfant retrouve ainsi une autorégulation, diminuant et les défis de la contrainte et le niveau d’agression sensorielle. Il n’est ni asociale ni dépressif, mais plutôt saturé, en trop plein de stimuli. Il veut reprendre le contrôle des exigences qui le frustrent et établir un niveau de plaisir qui lui convienne mieux.

"Mais le fait que les enfants TDA/H ne puissent bien s’entendre avec les pairs ou les parents, par exemple, n’est pas de prime abord une évidence qu’il y aurait une déficience dans les habiletés ou une exposition insuffisante à l’entraînement (Hinshaw, 1994), qui serait contraire aux hypothèses de la théorie de l’apprentissage social. Au lieu de cela, ces problèmes peuvent tout aussi aisément survenir d’un développement fautif dans les habiletés cognitives critiques qui sous-tendent la performance de ces capacités, à partir d’un déficit motivationnel qui soutient la persistance à la performance, ou d’un horizon temporel défectueux, au niveau mental, sur lequel l’individu aimerait s’appuyer, entre autres origines" (Barkley, 1997). (1)

Même si la socialisation importe, ce n’est pas au prix de frustrations excessives, mais tempérées et adaptées au niveau de maturité du tempérament cognitif. À quoi peut servir de bousculer et dépasser la tolérance, sinon aggraver ce sentiment de persécution, si inhérent à cette condition quand l’exigence détruit la seuil de tolérance?

Le plus difficile pour l'enfant TDA/H, c'est de subir la comparaison avec les pairs. Il a une tendance par trop naturelle à provoquer une émulation constante avec l'entourage, mais il ne peut en même temps en assumer toute la conséquence. Il voudrait gagner sans combattre, assez magiquement, ou sans suivre les étapes utiles et nécessaires. Il vit la loi du tout et du rien. Ou gagner et se croire invincible ou perdre et abandonner la partie. Dans cette perspective, le retrait préventif permet une reprise de l'estime de soi, avant de revenir plus combatif encore. Il s'agit d'une solitude réparatrice. L'activité collective doit permettre des temps de répit, même d'isolement, en doses qui s'adaptent au tempérament de l'individu.

 


Références:
1- Commentary on the Multimodal Treatment Study of Children with ADHD, Russell Barkley, Journal of Abnormal Child Psychology, Vol. 28, No.6, 2000.


Dr Claude Jolicoeur
mars 2002 ®