Les petites surprises du déficit de l'attention

Le déficit de l'attention réserve bien des surprises, dès que l'on cesse de privilégier l'agitation motrice et l'impulsivité comme principales manifestations du syndrome TDA/H.

L'inattention pourrait expliquer un grand nombre de difficultés, dans un contexte de retards multiples et variés. Ainsi, un simple retard moteur s'aggrave du seul fait que l'enfant ne fournit aucun effort valable et constant, mais au contraire s'éparpille et se contente du moindre effort. La pauvreté de gestion temporelle, et d'anticipation des conséquences prédispose à nombre de retards.

Déficit dans le langage et autres apprentissages:
S'il y a problème de langage (prononciation, articulation), il se peut que non seulement l'enfant n'écoute pas celui qui lui parle, mais en outre il ne cherche pas à l'imiter, pour mieux se faire comprendre. Parfois l'hyperactivité montre un peu son visage, quand l'enfant parle trop vite, veut tout dire en même temps, allant jusqu'à bégayer.
"Vouloir finir avant de commencer" aura son impact sur les habiletés les plus diverses, là où il est nécessaire de patienter, et passer progressivement d'une étage à l'autre, en suivant une consigne. Aussi vrai pour l'écriture, la lecture que le bicyclette. Rien ne s'apprend, hormis un talent naturel, sans prise en compte de la séquence.

Retard de la propreté:
Dans l'acquisition de la propreté, l'on retrouve souvent des complications inattendues. Dans l'énurésie comme l'encoprésie, il y a faute de respecter les routines d'entraînement puis action de rétention et débordement. Par exemple, l'enfant en arrive à développer une constipation chronique qui ne peut qu'entraîner un débordement inévitable, un jour ou l'autre. N'en déplaise à Freud, la théorie de la fixation anale n'offre que peu d'inspiration à toute solution concrète et efficace.
Le pédiatre pourra régulariser le débit intestinal par un simple laxatif et au pire un lavement, mais il faudra ensuite soutenir les routines de propreté, par une bonification concrète, et au besoin l'ajout d'un traitement médical du TDA, sachant qu'il existe, en parallèle, des immaturités neurophysiologiques des sphincters que seul le temps améliore.

Opposition farouche:
Dire non pour dire non, s'affirmer pour s'affirmer, gagner pour gagner, sans souci du contexte, de la vérité, de gratifications ou punitions, pour le seul plaisir du moment. Pensée magique de la victoire, toujours reprise, car toujours en danger de perdition. Qu'un certain négativisme appartienne à l'affirmation de soi, vers 3-4 ans, c'est possible dans les limites de l'instinct de conservation, et non pas dans les situations de danger, et d'improvisation constante. 

Fabulation:
L'enfant peut raconter tout ce qu'il pense, sans souci de vérité ou véracité, ni besoin de vérification. Avec cette imagination suractive, et débridée, il n'y a aucune limite aux histoires fantastiques, pouvant même incriminer proches, intervenants, sans égard d'attachement. La fantaisie est gratuite et se suffit à elle-même. L'on est loin de la manipulation qui anticipe, prépare son boniment ou sa méchanceté. Cette vérification se fait d'instinct quand le parent s'étonne, reprend et fait un retour critique de  l'événement, comme s'il s'agissait d'une pause, et d'une reprise, au ralenti, des images mentales.
La fabulation se distingue franchement de la psychose où dominent les pensées activement persécutives, incohérentes, et les hallucinations.

Anxiété:
Plus curieusement, c'est l'inverse de l'opposition avec sa défiance totale, du moins en partie. Il y a surtout la peur de tout perdre, dans le désir d'être constamment le meilleur à tout prix, dans le temps présent, sans efforts correspondants. Dans l'incapacité totale de s'organiser seul vers la réussite, l'enfant plonge dans l'angoisse, sous l'habit des complaintes somatiques, de phobies et obsessions variées, s'il n'aboutit pas à la panique anxieuse et même l'hyperventilation. Notons que l'anxiété de séparation survient souvent en raison de cette incapacité à prévoir, dans l'imaginaire, le retour de la personne aimée ou la situation souhaitée.

Conclusions:
Un premier niveau de diagnostic peut se faire rapidement, dans les apprentissages, si l'on demande à l'enfant de parler, lire, compter ou écrire lentement. S'il réussit assez bien, le déficit n'est pas autant neurologique que fonctionnelle. La thérapie éducative sera ainsi plus répétitive que neurostimulante.
C'est donc sur une toile de fond "immaturité neurodéveloppementale" qu'il faudra interpréter certaines complications TDA/H, qui ne sont bien souvent que des facettes tempéramentales du développement. Mais le comprenant, l'on saura éviter des solutions coûteuses, et parfois ridicules. L'on saura prendre son temps, quand l'enfant se précipite. L'on saura récompenser quand l'enfant se punit. L'on saura espérer quand l'énergie s'épuise.

 

Dr Claude Jolicoeur
février 2002 ®

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