Les tests projectifs à interprétation individuelle

Ce genre d'évaluation demeure très aléatoire, puisqu'elle se base sur une projection subjective à la fois du patient et ensuite du professionnel. Toute standardisation subséquente ne pourra jamais éliminer l'apriori originel, fondé sur la thèse spécifique de son auteur (la résilience, la dépression ou carence infantile primaire), généralement en dehors des situations cliniques de consultation, où l 'immaturité tempéramentale, comme le déficit attentionnel, l'impulsivité, la fabulation, tient une plus grande place que dans une population estudiantine courante.

Dans le Rorschach, par exemple, l'on dispose d'une dizaine de plaques "tache d'encre", d'allure bizarroïde, qui pourraient favoriser, en principe, la manifestation de la dynamique émotionnelle, de la dépression à la schizophrénie. La théorie date de la période freudienne des années 1920 où l'on postulait un noyau inconscient névrotique ou psychotique, à la base de la maladie mentale, dont le refoulement (sinon le morcellement) constitue la principale pierre d'assise.

Dans le TDA/H, par contre, il s'agit davantage d'une dimension maturationnelle et cognitive, où le manque d'inhibition et l'impulsivité jouent un très grand rôle. Un test projectif peut devenir une calamité (pour les parents, en particulier), comme il arrive encore souvent, si l'on interprète de façon névrotique (c.a.d. de l'inconscient), ce qui se passe davantage au niveau de l'impulsion et du manque de contrôle.

Voir des monstres sadiques dans une tache multiforme d'encre noir n'a rien de bien significatif pour l'enfant TDA/H, puisqu'il dit tout ce qu'il pense dans le moment présent et l'oublie l'instant d'après, car il fonctionne au niveau de la pensée magique, concrète et ludique. Même un dessin TDA/H reste peu révélateur, sinon des habiletés motrices et organisationnelles. Comme de dire que l'enfant voit un montre dans son père, dans un dessin ou une tache d'encre, alors que ce même enfant fabule, change rapidement d'idées et n'a aucune conscience des conséquences de ses paroles à long terme.

Les spécialistes du Rorschach argumentent de la standardisation méticuleuse et mille fois vérifiée par des experts. C'est à sa base même que l'affaire trébuche, car elle s'appuie sur la théorie de l'inconscient, le propre de la psychanalyse qui ne peut avoir d'applications dans  le domaine du neurodéveloppement. L'idée de l'inconscient s'appuie sur une abstraction  mentale toute hypothétique, mais non pas sur l'existence de la maturation neuronale du cerveau.

Le pire, c'est l'utilisation des tests projectifs, accompagnés d'interprétations plus ou moins d'inspiration analytique, dans des expertises légales qui  déterminent le choix de  l'enfant vers un parent tutélaire et/ou un Centre d'accueil.


 

C. Jolicoeur, m.d.
2004